- 97 – Jean-Louis MURAT … visionnaire ???

Le « Larousse » définit le visionnaire, comme étant celui qui : « est capable d’anticipation, qui a l’intuition de l’avenir ».

 Au regard de ses déclarations passées, au regard de ce qui se déroule  aujourd’hui dans notre pays, on est en droit de se poser la question : MURAT est-il un visionnaire ? Pour sûr, il a le nez creux. Force est de reconnaître que beaucoup de ses pronostics se sont révélés exacts. Voyons plutôt :

Le 13 décembre 1999, dans le journal « La tribune – Le progrès  » le journaliste « SKA » recueille les propos de MURAT : « On dit toujours que je suis grognon ». Le chroniqueur donne un avis autre : « Que ceux qui sont de cet avis se détrompent, l’homme n’est pas bougon, il pense juste que toutes les vérités sont bonnes à dire ». Ceci dit, « SKA » interroge : « Ya  t’il des choses qui vous révoltent aujourd’hui ? ». Réponse de l’Auvergnat : « La connerie ambiante de la société. Quand je vois tout le battage que l’on fait autour de José BOVE … C’est un faux problème Français. Au lieu de penser à la bouffe, on ferait mieux de mettre du fric dans la justice pour aider les gens qui en ont vraiment besoin. Ce matin à Clermont, j’ai signé une pétition parce que dix femmes se battent pour aider leurs enfants victimes de violences. Personne ne les aide, et la justice marche au ralenti. C’est une honte« .

Quinze ans plus tard, chacun a pu ouvrir les yeux. BOVE est loin d’être l’agriculteur, crotté et botté, défenseur des intérêts des paysans tel qu’il voulait paraître. C’est un « col blanc » policé, parlant un anglais parfait, fils de bourgeois, portant chemise blanche. Les mains de « l’homme à moustache » voient  plus souvent la manucure que le manche de la fourche. 

La justice ??? Jamais elle n’a été aussi dure avec les « faibles » et conciliante avec les « puissants ». Pire elle est juge et partie. Il n’est qu’à voir le « mur des cons » !

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Le 8 octobre 1997 Jean-Louis MURAT livre ses impressions de l’époque à Pierre BOURDIEU : « La première fois, il s’agissait de signer contre la droite, contre sa connerie, en pensant que la connerie de la droite n’était pas la connerie de la France tout entière. Maintenant, la gauche prend le relais, et c’est pire, parce que c’est la gauche. En tant qu’artiste Français, vivant en Auvergne, au milieu des paysans, j’en viens à me demander comment je peux encore faire partie d’une communauté, être culturellement intégré, connaître les gens, acheter le journal, boire un canon, penser que les choses peuvent changer, alors que manifestement ça ne peut absolument pas changer. Cela me renvoie presque à une sorte de dégoût de moi-même, de dégoût de tout l’entourage et me fait vivre cette situation comme une sorte de cancer inguérissable de la société Française, qui se vautre dans la connerie. On bouffe de la démagogie comme on bouffe de la merde, toute la journée, toute la nuit, et à force, ça déteint, ça passe par la peau, ça nous imprègne. C’est profondément dégoûtant.  J’en ai marre d’être Français aujourd’hui, ça te file la honte. Je vais partir en tournée au Canada, aux Etats-Unis, au Liban, et je sais que la conversation va tourner sur ce sujet. C’est comme ça à chaque fois qu’on passe une frontière, et à chaque fois on a honte parce que même si on n’a rien à voir avec cette histoire là, on la porte en soi, dans sa voix, dans ce qu’on est et dans ce l’on peut avoir de Français. A l’étranger, les gens ont l’impression que ce mépris de l’autre, ce manque d’ouverture, est une espèce d’émancipation, de sueur puante du peuple français, de la France profonde. Comme si on était en train de mourir. Comme si la France s’enfonçait dans un état cadavérique. Quand la gauche est arrivée au pouvoir, on pouvait se dire que ça allait changer, sans se faire d’illusions évidemment, on les connaît ces crétins. Mais maintenant, la coupe est pleine. Nous, les artistes, nous devrions nous grouper, et à 10000 refuser la nationalité française, échanger notre nationalité avec les gens qui ont besoin de rentrer chez nous. On n’a qu’à se casser, devenir itinérants. Si nous voulons vraiment manifester notre solidarité, on plie bagage. C’est les larmes aux yeux que je l’ai signée cette pétition ».

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Le 24 août 1999 pour « RFI » Bertrand DICALE reçoit MURAT. D’emblée le journaliste met les pieds dans le plat : « Vous êtes toujours en colère ? ». La réponse fuse : « J’enrage d’être contraint à la rage et j’enrage d’être toujours petit bras. J’aimerais créer de la richesse, faire travailler des potes, créer des jobs. J’enrage de voir que les meilleurs d’entre nous sont obligés de se barrer à New York pour se bouger le cul. Alors, comme je suis un peu sanguin, ça me met hors de moi. Je déteste que la société m’impose d’être aussi contemplatif« .

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2002 JLM Place des vosges Paris

En juillet 2002, Place des Vosges à Paris Jean-Louis MURAT reçoit les journalistes de « L’Expansion.com ». Avant même l’interview JLM prédit que : « toutes ces contradictions qui travaillent la société Française vont la faire péter » et qu’ :  « il y a un potentiel pour LE PEN qui est peut-être le double du score qui s’est exprimé dans les urnes » …

Nous étions en 2002 (le temps des prédictions) … nous voilà en 2014Marine a remplacé Jean-Marie et le FN atteint 30 %  aux dernières Européennes ! Tout le monde fait semblant d’être surpris. Nos politiques qu’ils soient de gauche ou de droite ne pensent qu’à eux et sont tellement éloignés des réalités quotidiennes des Français, lesquels ne savent plus à quel saint se vouer … Ils vont donc vers le pire !

Mais revenons à cette interview de 2002. Par des exemples simples, Jean-Louis BERGHEAUD explique pourquoi cette montée des extrêmes est inéluctable : « Le pays me semble malade ». (…) « Je pense qu’on est dans une société où il est difficile de s’intégrer. Si j’étais gamin, je pourrais m’intégrer, en une journée dans une famille de paysans. Mais, à Paris, les gens sont si compliqués. Il y a les prudes qui regardent les films pornos, ceux qui se prétendent féministes en étant machos. Les gens mélangent tout. Hier je suis allé bouffer avec ma mère, j’ai vu quelques voisins. Ils me disaient que la moitié des sujets passés à la télé ne correspondaient pas du tout à leur vie ». (…) « Le plâtrier peintre qui a douze ouvriers et auquel on dit qu’il aille faire de la pub sur internet, son seul problème c’est qu’il n’arrive pas à trouver d’apprentis ! Des petites choses comme ça, les politiques n’ont qu’à venir nous les demander, à nous les artistes, qui allons chanter nos petites chansons tous les soirs … ». 

Au lieu que d’écouter l’artiste, les « biens-pensants » se bouchent les oreilles et crient au réactionnaire. On vit dans une époque de fous. Le bon sens n’y a plus sa place. L’artiste s’il ne chante pas qu’il : « fait beau » ou qu’on : « veut du soleil »  est vilipendé, brocardé, mis à l’index puis invité à se taire.

Qu’on se rassure MURAT ne gardera pas sa langue dans sa poche. Un jour j’en suis certain, les gens lui en sauront gré.  Pour  « Campus Mag Musik » (avril/mai 2002) il répond à cette question : « Votre regard sur la France a t’il changé depuis vos débuts ? ».  Réponse : « La France n’existe presque plus. Sans s’en rendre compte, les Français sont le contraire de ce qu’ils pensent être, et les artistes sont les mieux placés pour s’en rendre compte. Le Français c’est l’homme tronc qui pense avoir des biscotos. Le retour à la réalité est délicat ».

Pour « Le Figaro Magazine » daté du 23 mars 2002, interrogé par Nicolas UNGEMUTH le chanteur d’Orcival s’exclame : « Ce pays est fou ».

A l’occasion de la sortie de l’album « Lilith », en septembre 2003, Franck VERGEADE pour le compte de « Magic » interroge MURAT : « Comment as-tu vécu les évènements politiques et sociaux depuis le 21 avril 2002 ? ». Réponse de l’Auvergnat : « Il y a de quoi se taper le cul par terre. Les Che Guevara de l’avantage acquis, comme disait FINKIELKRAUT, sont au pouvoir. Tous les Dupont la joie de France se prennent pour CHE GUEVARA. Et le public, satisfait, applaudit. Mais ce qui m’inquiète vraiment, c’est le problème des intermittents. On est mal, surtout les petits groupes comme ROGOJINE. Et je ne parle pas du monde Parisien de la musique. On a été bien trop souvent indulgent. Moi, je me suis fait traiter de tous les noms, quasiment de « réactionnaire » et de « Lepeniste », en protestant il y a quatre ans sur ce statut d’intermittent de merde, affirmant qu’il allait nous péter dans la gueule. Résultat : je me suis fait insulter de tous les côtés dans le Canard Enchaîné, Charly Hebdo. Voyant cela, l’ADAMI qui est tenue par la CGT, m’avait supprimé ma subvention pour tourner. Aujourd’hui, je m’aperçois que ces gens-là défendent mes arguments de l’époque. On aurait dû regarder beaucoup plus tôt. Parce qu’on est bien dans la merde maintenant. Dans dix ans, quand on va se réveiller, il n’y aura plus que Florent PAGNY et OBISPO et nos yeux pour pleurer ».

Dix ans ont passé, nous sommes en 2014, moult artistes ne vendent plus d’album. Ce sont les mêmes quiches qui passent à la télé. PAGNY  officie sur « The Voice » … Je crois qu’on a touché le fond. Des artistes comme BONNEFONT ont dû plier les gaules. Faire une tournée devient de plus en plus difficile, voire impossible, sauf à s’appeler Mylène FARMER ou HALLYDAY. Il n’y a plus que les tournées « Âge tendre » à faire le plein. Aux vieux il reste quelque argent. Ils sont désormais les seuls à acheter des CD de Georgette PLANA ou de Georges GUETARY

Voilà pour le constat. Mais revenons à l’interview de Franck VERGEADE qui insiste auprès de MURAT : « En dehors des intermittents, y a t’il une cause pour laquelle tu serais prêt à t’engager ? ». La réponse va sans doute en surprendre plus d’un, notamment ceux qui qualifient MURAT de misogyne et de macho pur et dur. MURAT répond donc : «  Le principe d’égalité entre l’homme et la femme dans nos sociétés. Le statut de la femme est l’enjeu des décennies à venir dans le monde. Et je suis prêt à astiquer la kalachnikov pour défendre cette égalité stricte. Parce que c’est tout ce qui m’a fait. Je suis bâti ainsi. Ma libido a besoin de femmes libérées pour exister. L’amour avec une femme libérée et épanouie est bien plus enrichissant qu’avec une vierge voilée. ». Le journaliste renchérit : « Mais l’image de la femme n’a jamais été aussi mauvaise ? ». Réponse : « J’ai toujours vu dans l’anti américanisme beaucoup d’anti féminisme. C’est pourquoi la figure de Lilith me plaît bien. Dès le début de l’humanité, a été envisagé un principe d’égalité entre l’Homme et la Femme. Aux Etats-Unis, les féministes ont justement pris le personnage de Lilith comme symbole. Derrière la peur de l’Américain, je vois à chaque fois la peur de la Femme. Pas plus, pas moins ».

Voilà des propos qui n’ont pas fait le « buzz » en leur temps. On peut le regretter. Le pouvoir des médias n’a jamais été aussi fort. Dans une interview l’accent est mis sur tel ou tel mot que vous avez prononcé. Tout ce que vous avez pu dire se résume à ce choix pour le moins subjectif, fait par d’autres que vous ! Il y a peu, en avant première d’un spectacle à Uriage, le sieur MURAT prononce le nom de Renan LUCE. Aussitôt gros titre sur MURAT qui ne sait pas de qui l’on parle. Il ferait mieux de se taire le bougre. Il le sait, mais cela doit être plus fort que lui. Les médias, sont en quête d’argent, les journalistes de notoriété. Le lecteur, l’auditeur radio ou télé se jette sur tout ce qui fait du bruit. Nous sommes devenus une société du paraître. MURAT l’a souvent appris à ses dépens, il y a fort à parier pourtant qu’il ne changera pas d’un iota. Une nouvelle fois il se jettera dans la gueule du loup. Certains disent que lui aussi cherche à faire le « buzz ». Sincèrement je ne pense pas. A une question posée, il ne sait dire que ce qu’il pense, un point c’est tout. C’est aussi bête que ça !  C’est à désespérer. Du fait de l’impact médiatique, ses paroles « non calculées » mais foncièrement dénuées de toutes méchanceté se retournent contre lui et lui reviennent en pleine figure. Aujourd’hui on ne récompense que les « menteurs ». Tenez, pour être élu, il faut mentir. Il faut dire ce que le peuple veut entendre. Voilà qui nous mène au tombeau, qui nous conduit dans les bras d’une fausse blonde (???) à la voix rauqueJ’en ai froid dans le dos. Pourtant MURAT est l’un des rares à nous avoir informés du danger. N’est il pas ? Qui l’a dit ? Personne, surtout pas les médias ! Moi, fils de paysan, pauvre sire, je désespère de ce monde … je désespère de cette France qui s’en va à veau l’eau …

C’était mon coup de gueule. Pauvre de moi ! Mais revenons à MURAT. En septembre 2004, dans les colonnes de « Libé », interrogé par Françoise Marie SANTUCCI le barde Auvergnat déclare : « Je n’ai pas d’a priori contre le numérique. C’est vain pour un artiste de lutter contre le progrès. Je pense, en revanche, que c’est mortel de dématérialiser la musique, car c’est un univers très lié au fétichisme de l’objet ». (…) « Ca va disparaître, des artistes comme moi, c’est naturel. Les Grecs qui chantaient sur l’Agora à Athènes ça a bien disparu, la musique au luth, les pétomanes, le monde de Charles TRENET, Tino ROSSI, l’énergie des STONES envolés. Demain, il y aura un nouveau type d’homme, un nouvel homosapiens « digitaliste ». Chacun fera de la musique. Quand tu auras une mélodie dans la tête, tu poseras un casque dessus qui sera capable de l’enregistrer, et cette musique t’accompagnera toute la journée. Il existe déjà des appareils incroyables, tu chantes n’importe quelle mélodie, même faux; ça te le met juste. Et demain, si tu as un problème avec le refrain, tu mettras un dollar pour sampler Mickaël JACKSON dessus. Il y aura peut-être un retour à l’anonymat. Fini le show bizz, ou alors ce sera l’ère du mécénat, à nouveau. Ou encore : des marques comme RENAULT – IBM ou MICROSOFT entretiendront chacune des pôles d’une centaine d’artistes, qui sortiront des musiques sous le nom de la marque … ».

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C’est toujours MURAT qui parle. C’est BERGHEAUD qui pense à voix haute. Rarement le jeune homme s’est trompé. Il faut bien le reconnaître. Alors visionnaire ? Non. Tout simplement : un homme de la terre, qui a les pieds sur terre et le sens des valeurs, inculqué par François, Emile … par sa mère à la voix si ferme ! MURAT/BERGHEAUD ont une seule chose en commun : leur bon sens !

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Ajout le 12 avril 2016 …

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Dans 3 jours « Morituri » sera dans les bacs. Il me tarde d’y être. Les premières interviews accordées par MURAT nous donnent l’image d’un homme grave … Comment pourrait il en être autrement ? Le pays, notre pays connaît des temps difficiles. Tout n’est que doute. Tout n’est que peur. Nos « responsables » qui ne pensent qu’à eux, pour la plupart, ne font rien ou si peu, pour nous donner quelques perspectives.

Dans un article classieux, le journaliste Eric NAHON pour « Slate.fr » évoque le prochain opus « Muratien » en ces termes : « Non Jean-Louis MURAT n’a pas écrit sur le 13 novembre 2015. Pourtant, la chanson « Interroge la jument », qui parle d’un massacre en terrasse  , est née bien avant les attentats de Paris. Non, Jean-Louis MURAT ne lit pas l’avenir dans une boule de cristal. Pas de préscience, mais une conscience aiguë de l’actualité et de l’histoire ». Evoquant l’année 2015 MURAT confie à NAHON : « C’est là que j’ai écrit tout l’album. J’ai voulu témoigner de l’ambiance du pays. C’est là que j’ai écrit « Interroge la jument » et son passage sur les terrasses ».

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Extrait : « Interroge la jument »« Morituri » …  (2016)  

« Sur la terrasse/Sous les cimes/A l’heure où/Le festin se termine/Sur la terrasse/Sous les cimes/Satan est heureux/Il a régalé ses convives »

(…) « 

Sur la terrasse/Sous les cimes/Où tout bien pesé/On t’assassine/Sur la terrasse/Sous les cimes/N’y a t’il plus de ciel/Pour nous foudroyer/Ces novices »

(…)

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MURAT précise sa pensée et confie à NAHON : « J’ai voulu saisir l’ambiance de l’année. Le titre provisoire était 2015 … Je vois ces traversées de violences, ce sont comme des visions mais c’est tout sauf de la prescience. C’est vraiment ce qu’il y a dans l’air du temps ». 

Sur le même thème, pour « Magic » (n° 201 – avril 2016) MURAT déclare à Franck VERGEADE : « Après Charlie Hebdo en janvier, il ne fallait pas être un grand devin pour imaginer la suite tragique … »

La suite ??? C’est aussi : de quoi demain sera fait pour un artiste comme MURAT. Là aussi les interrogations sont lourdes. MURAT en est conscient. Cela fait  des années déjà que l’Auvergnat se trouve sur le fil du rasoir. Il n’en fait pas mystère. Gravement il concède à VERGEADE : « Je ne sais combien de temps je pourrais tenir. Si « Morituri » ne fait pas l’affaire, je risque de basculer dans une grande frustration. Le deal, c’est de durer en donnant de la matière. Mais sans feedback … Je ne suis pas un surhomme non plus ».   Concernant les tournées et la prochaine tournée MURAT ne fait pas preuve de plus d’optimisme. Il confie à VERGEADE  : « Onze tourneurs en vingt ans ! Je suis tricard dans une salle sur deux – sans parler des festivals comme les Francofolies ou la Printemps de Bourges, où je suis persona non grata. C’est un cauchemar  pour monter une tournée« .  

MURAT ne pense pas qu’à lui, il évoque le cas de son ami BONNEFONT en ces termes : « Mon ami Alain BONNEFONT, le meilleur parolier et mélodiste jamais rencontré, se ruine la santé sur des chantiers avec des Kosovars. C’est lui qui m’a appris à écrire des chansons … Quelle cruauté. Donc la fifrelinade me fait bien marrer. Surtout quand je vois des fils de bourgeois qui sortent des disques. Nous sommes descendus bien bas ».

Il nous faut être lucide, MURAT l’est ! Les heures et années à venir risquant d’être sombres. Pour les saltimbanques plus encore. Pour les artistes dans la marge comme MURAT, les « outsiders » comme il dit, ceux dont on ne parle pas, sauf à se foutre à poil devant les caméras de la télé, vendre des disques, vivre de son art, faire des concerts  sera de plus en plus difficile. Je croise les doigts, mais c’est tout ce que je peux faire … Il faut tenir MURAT … Un jour les gens vous seront reconnaissants de votre parler vrai, de votre œil clair et malin, de la justesse de vos propos …

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Ajout le 28 juillet 2016 …

Le 14 avril 2016 dans les colonnes du journal « La Montagne » MURAT confie à Julien DODON : « Il n’y a plus vraiment à chanter.  L’humeur n’est plus à ça aujourd’hui « . Le propos est sombre ô combien ! MURAT semble déjà deviner les évènements sui vont suivre : Après Paris,  Nice – St Etienne du Rouvray … Demain, à qui le tour ? Les gens ont compris il me semble la gravité de la situation. Ils n’ont plus le cœur à rire. Un ressort s’est cassé. Pour un artiste comme MURAT écrire et chanter c’est partager de l’espoir, c’est donner à rêver,  à rire ou à pleurer.  Ce n’est surtout pas surfer sur l’émoi collectif, écrire des paroles sur mesure et aller une fois de plus dans le sens du vent …  A seule fin de faire du « fric ».    Aujourd’hui il n’y a qu’une seule chanson qui vaille, celle écrite par Maurice DRUON et  Joseph KESSEL … chantée entre autre par MURAT (1994)

Resistance

Extrait …  « Le chant des partisans »  …  (1943)

«  Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines,
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne « 

Voilà pour le constat. Par contre, pour demain, pour combattre l’ennemi du silence qui nous veut tant de mal, je ne suis pas certain que l’on puisse chanter ce qui suit …

  »Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes …  »

Notre pays, notre école, nos sociétés modernes ont tellement fermé les yeux qu’il y a peut-être des sursauts dont nous ne sommes plus capables. Nous nous sommes installés dans le confort, dans le permissif … Nous ne savons plus ce qu’est l’interdit. Nos enfants encore moins. Un exemple concret : le portable dans les écoles … A 12 ans nos gamins y voient l’indicible … A qui la faute ? A nous qui leur avons acheté ce « poison » sous prétexte que nous voulions être en contact permanent avec eux. En définitive cela aura été, cela  est le meilleur moyen de les perdre puisqu’ils vont y chercher des images qu’à vingt ans nous ignorions … J’entends bien ceux qui me disent : « Non mon fils, mon petit fils ne visionne pas ce type de photos ». C’est vrai ! Je vous rassure, il y aura toujours quelqu’un pour lui coller ce type de cliché sous le nez. Pour éviter la « risée » il fera comme les autres, il regardera et ne vous dira rien …   Alors interdire ? Qui serait la solution de bon sens ! Mais nous en sommes incapables …   

Souvent les paroles de MURAT ont été et sont celles du parler-vrai. Rien d’étonnant ç cela, MURAT entend ce que dit le « petit peuple » celui qui fréquente le bistrot du coin, celui qui encourage ses potes le long du  terrain de foot le dimanche, qu’il fasse soleil ou qu’il pleuve, celui du paysan qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, celui de l’artisan qui ne trouve pas de main d’œuvre et à présent, celui de tous ceux qui parlent entre eux sur les marchés et qui ont peur, non pas pour eux, mais pour leurs enfants et petits enfants … Toutes ces personnes que nos « décideurs » ont perdu de vue, n’entendent plus, trop occupés à écouter les conseils de pros en communication.

Extrait … « Tous mourus »(« Morituri ») … 2016

(…)

« Dieu quel abattoir/V’là que le curé/Est mouru« .

(…)

Allez, soyez rassurés, tout comme pour « Interroge la jument » et le 13 novembre, pour « Tous mourus » et son « curé » … il ne faut y voir qu’une coïncidence. Non, MURAT n’est pas devin ! Quand bien même il le serait, on ne l’écouterait pas. Il n’a pas l’oreille des gens en place. Pas plus ceux d’hier que d’aujourd’hui, qui ont ceci de commun : le mensonge et la médiocrité.

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Publié dans : ||le 14 septembre, 2014 |7 Commentaires »

7 Commentaires Commenter.

  1. le 14 septembre, 2014 à 9:38 flo real écrit:

    Bravo, Didier pour ton article qui rend triste au fur et à mesure qu’on s’imprègne des paroles de l’Auvergnat…je suis moi aussi tour à tour révoltée et dégoûtée par la fausseté et la vacuité de la société française d’aujourd’hui. Sûr qu’on va dans le mur ! quelquefois ça me réjouit car je me dis que c’est la seule façon qu’on a de s’en sortir…tout detruire…mais il faut aussi que l’âme des gens soit prête à changer. ça c’est possible, ça s’appelle l’évolution et il faut y croire.
    Alors Murat visionnaire ? oui, on peut le dire ainsi mais c’est surtout qu’il a du courage et du bon sens et qu’il ne craint pas de dire les choses telles qu’elles sont. un chat est un chat. un con est un con.
    Jean Louis Murat est très courageux? il est un homme éminemment intelligent, fin, subtil, noble et très courageux.
    Ouh! ça le fait du bien de dire tout ça de lui

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  2. le 14 septembre, 2014 à 12:19 didierlebras écrit:

    Salut Flo,
    on est d’accord !
    Amitiés.
    D

    Dernière publication sur  : Jean-Louis MURAT ... il aime ... il n'aime pas ...

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  3. le 14 septembre, 2014 à 19:40 Armelle R.G. écrit:

    Absolument d’accord!
    Quand je vois le battage et l’idolâtrie qui se fait autour de Bruno Mars, dont je ne connais rien d’ailleurs, même pas son visage, ça me désespère; j’ai d’abord cru que Sting avait sorti une nouvelle chanson, mon fils m’a dit « mais non, c’est Bruno Mars », puis j’ai cru entendre un titre inconnu de Mickaël Jackson, une collègue m’a dit « c’est Bruno Mars, il est génial »!Le génie est donc d’être la pâle copie de gens qui ont fait des tubes dans le seul but de vendre? misère non de Dieu! Si ça se trouve ce gars là a vraiment du talent, mais qu’il fasse du Bruno Mars alors!
    J’arrête là, j’ai pas envie de m’énerver…

    Heureusement qu’il y des mecs comme Murat!

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    • le 14 septembre, 2014 à 22:31 didierlebras écrit:

      Salut Armelle,
      comme toi je suis dépité … Hélas il faut nous rendre à l’évidence …
      Ce n’est le talent qui se vend, c’est ce qui faire gagner des « tunes » aux multinationales du disque …
      MURAT VEND ENCORE ENTRE 10 ET 20000 disques pour chaque album. Une misère … mais y’en a qui ne vendent + rien … du type : KENT – Enzo Enzo – LANTOINE – …
      Bonne nuit à toi.
      D

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  4. le 15 septembre, 2014 à 8:50 Muse écrit:

    Effectivement, parfois JLM a été visionnaire. Mais pas toujours…Citer Finkielkraut qui est très proche des idées fachos de la Marine et ses petits copains, franchement ça fait dresser les cheveux sur la tête.
    Le bon sens paysan n’a ce coup-là pas vraiment marché. De même sur le versant littéraire quand il se piquait ces dernières années de lire des écrivains adorés par les mêmes fachos puisque fachos eux-mêmes.

    Le niveau scolaire et éducatif et culturel baisse chaque année. Et c’est orchestré politiquement depuis 40 ans par l’OCDE et les gouvernements aussi bien de droite que de gauche. Il est mauvais que le peuple s’instruise (il pourrait se révolter). Donc on baisse le niveau du bac, on le donne à tous, on multiplie les mentions très bien pour faire croire que, mais on se garde bien de dire aux citoyens que les jeunes n’ont même pas le niveau du BEPC…L’éducation est devenue un marché commercial et financier qui promet des bénéfices de 700 milliards d’euros (pour les futurs actionnaires). Etonne-toi de la volonté de privatisation totale de l’éducation scolaire aux US comme en Europe. Et puis la privatisation scolaire permet aussi de séparer les enfants (riches avec riches et pauvres avec pauvres quand ces enfants pauvres ne sont pas exclus du système éducatif et mis au travail dès l’âge de 6 ans, en contradiction avec les droits fondamentaux de l’enfant), de les maintenir en vases clos sans aucune ouverture à la diversité sociale, culturelle. Donc de séparer les gens, de les diviser, de les empêcher de se fédérer ensemble pour améliorer la société, les conditions de vie de tous.
    Le jour où les gens prendront conscience de tout ça, j’espère qu’il ne sera pas trop tard…

    JLM de son côté a bénéficié d’une aide providentielle de Mylène Farmer qui l’a lancé et lui permet encore d’être reconnu, même à petite échelle par un public, certes restreint mais fidèle, et qui compte en son sein pas mal de journalistes et élites parisiennes.

    Il vit donc de son métier, ce qui n’arrive quasiment plus aujourd’hui aux jeunes générations, même avec My Major Compagny du fils Goldmann.
    Combien de jeunes artistes feront un tube et retourneront dans l’anonymat le plus total quelques années après? Enormément. Et ce n’est pas faute de talent. Mais du fait d’une volonté de mise en concurrence systématique de tous contre tous des boîtes de prod, l’étouffement des petits labels, les copinages médiatiques…C’est exactement aussi ce qui se passe dans le monde du travail classique avec la concurrence libre et non faussée partout, y compris dans le secteur public. Seuls les actionnaires, les dirigeants et les milieux bancaires tirent profit. Pas les salariés.
    Alors…rude rude est l’époque. Et pas seulement pour les artistes.

    Si tu veux rajouter des citations d’interview de JLM, j’avais trouvé intéressants ses propos récents tenus en Suisse:

    http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/radio-paradiso/6060286-paradiso-du-25-08-2014.html#6060285

    Bises et bonne journée Didier!

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    • le 15 septembre, 2014 à 9:07 didierlebras écrit:

      Salut Muse,
      toujours très intéressant et instructif de te lire. Je déteste la politique. Mon seul crédo : je suis anti LE PEN … viscéralement.
      Je savais qu’en citant FINKIELKRAUT j’allais provoquer certaines réactions. Je ne suis pas un pro … Il ne dit pas toujours que des conneries. En l’occurrence je pense moi qu’il a raison ! Je déteste Eddy PLENEL … mais il ne dit pas que des conneries. Je l’entends avec BOURDIN sur BFM qui dit que HOLLANDE est un va t’en guerre … pour faire oublier qu’il est faible dans son pays … Je déteste PLENEL … pourtant là il a raison !
      Concernant l’éducation nationale, il y aurait tant à dire ! Je suis certain que tu es une prof passionnée par ton métier et la réussite des enfants … Par contre je pense franchement que ce n’est pas le cas du plus grand nombre. Avant un prof s’investissait dans la vie collective … Aujourd’hui à 16 h 00 nombre d’entre eux prennent la raquette de tennis et font du sport individuel … plis collectif. J’y vois là tout un symbole. C’est surement réducteur ce que je dis. J’ai beaucoup d’estime pour toi. Je sais que tu es quelqu’un de passionnée … Nous ne sommes pas d’accord sur tout. Pour autant j’apprécie beaucoup ta façon d’aborder les choses. Il faut accepter d’entendre des vois différentes …
      Sincères amitiés.
      D

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  5. le 15 septembre, 2014 à 15:57 Muse écrit:

    Finkielkraut fait partie de l’extrême-droite depuis un moment, Didier. Radio-Courtoisie ne lui a pas ouvert ses portes sans qu’il ait montré « patte blanche » si j’ose dire. L’extrême droite israélienne qui a des ramifications en France au sein de la communauté juive depuis les années 90 via l’implantation de la Ligue de Défense Juive, est très amie avec le FN de Marine le Pen.
    Je te le dis en tant que personne qui milite contre l’extrême droite depuis une vingtaine d’années et qui connais bien les différentes familles présentes dans ce mouvement facho.

    Le métier professoral est exigeant dès lors qu’on veut le faire de façon investie (ce qui est mon cas). Les profs de fac sont moins investis que ceux exerçant en secondaire et en primaire, parce qu’ayant beaucoup moins d’heures de cours à assurer (le reste étant consacré à la recherche, mais pas toujours d’une façon très sérieuse). Mais tous ceux qui exercent dans le secondaire et le primaire sont contraints de bosser régulièrement, au risque d’être éjectés. Après, qu’il y ait des profs plus passionnés par le statut fonctionnaire (pour ceux qui le sont-moi je ne le suis pas) que par le contenu du travail et la transmission, tu en as toujours eu.
    Ce qui est le plus rude c’est que le prof n’arrête jamais (entre préparations de cours, cours, corrections) et ce qui peut lasser vite dans ce métier, c’est le manque d’intérêt, de curiosité, de motivation et d’investissement des élèves. Plus les années passent et plus nous voyons arriver des élèves fainéants, très immatures, dont les comportements sont a-sociaux, agressifs, irrespectueux et puérils. Les jeunes sont le plus souvent incultes, ne souhaitant même pas s’instruire, n’ayant aucune curiosité en dehors de la console de jeux, de l’alcool et de la drague. Ce toutes classes sociales confondues. Ce qui en dit long sur le contenu éducatif reçu à la maison chez la plupart des jeunes. Je constate souvent que l’éducation parentale concerne seulement 15 à 20% des familles donc aussi 15 à 20% des enfants. Ca fait flipper si je pense à l’avenir! Tu m’étonnes qu’avec un niveau aussi bas du culture générale, d’éducation, ces jeunes se font de plus en plus récupérer par l’extrême droite…

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