- 78 – Jean-Louis MURAT … « Le rien fait un tout » …

 

Jean-Louis MURAT ou plutôt Jean Louis BERGHEAUD est un homme d’instinct qui, en toutes circonstances, interview ou pas, laisse libre cours à sa pensée. Il n’est pas prisonnier du personnage public qu’il est. Cela lui a joué au bout du compte de bien mauvais tours. Considéré comme « mauvais sire » il ne passe plus à la radio, il a déserté les plateaux TV. Seule la presse écrite lui donne encore quelque écho. Les interviews de MURAT ne sentent pas le « préparé », les réponses ne sont jamais « toutes faites ». Ce qui m’étonne le plus c’est qu’en toute circonstance, il y a une phrase scellée du coin du bon sens, qui dénote de beaucoup d’intelligence, d’une vrai hauteur de vue. Les interviews de MURAT ne sonnent jamais le creux, ne donnent pas dans le superficiel. Il y a toujours une expression, un mot qui claque et vous poursuit toute la journée et vous vous dites  … « Mais bien sur ! »

Un exemple ? Pas plus tard que le 21 octobre 2013 dans les colonnes du journal « L’Alsace » au milieu de nulle part il proclame : « Le rien fait un tout ». Voilà la réflexion d’un homme qui a su garder les pieds sur terre. La vie est faite de « petits riens » qui finissent par constituer un « tout ». MURAT va toujours à l’essentiel. Pour cela il nous délivre des parcelles de vie, morceaux d’enfance qui peuvent sembler dérisoires, mais qui indiquent combien ils ont marqué l’individu, l’ont fait homme … Ainsi lorsque dans une interview, interrogé sur son expression favorite  il décline un improbable « Minute papillon », voilà qui peut laisser perplexe, passer complètement inaperçu. Pourtant l’essentiel est là. Ces mots, sont ceux prononcés par le grand-père, ils s’adressent au taureau de la ferme … C’est tout un pan de la vie du p’tit Jean-Louis qui nous apparaît … Le taureau ? Symbole de la masculinité et de la virilité … pour un petit garçon de la ferme ce n’est pas rien. Il représente la force, la prédominance du mâle sur la femelle, la fierté, l’esprit protecteur aussi … Jean-Louis BERGHEAUD semble avoir été marqué de façon indélébile par le taureau du grand-père ! La fameuse « brouteuse » qui lui a été tant reprochée par des « esprits étroits » trouve davantage essence dans les yeux et le regard fier de ce taureau que dans une supposée homo ou lesbophobie … Jean-Louis BERGHEAUD n’est pas sans ignorer que les jeunes bêtes (taurillon ou génisses) avant de passer à l’acte (pour le mâle) et de le subir ou d’en jouir (pour les femelles) s’exercent entre elles … tout comme les enfants prisonniers que nous étions dans les années 60 dans nos dortoirs … Ce taurillon à l’œil inquisiteur, animal indépendant, symbolise mieux que tout autre le personnage MURAT

- 78 - Jean-Louis MURAT ...

Le « rien » ??? C’est encore cette réponse faite à un journaliste qui l’interroge sur son surnom préféré ? La réponse : « Jean-Louis DEP » a de quoi surprendre. Il n’y a que MURAT pour répondre de la sorte. Avec autodérision il se moque de ses dépressions et de ses fréquents passages à l’hôpital … Dans un milieu où l’on fait tout pour gommer, dissimuler la moindre de ses tares, voire Jean-Louis BERGHEAUD en sourire, en faire même l’étalage est tout à fait édifiant sur la personnalité du jeune homme.

Dernièrement, j’ai proposé un « quizz » aux fans de MURAT. Dix questions pour des « riens » évoqués par MURAT  lui même. Je ne suis pas allé les chercher au fond d’une poubelle. Dix questions qui ne font pas de moi un « voyeur ». Espiègle, l’ami « Pierrot » m’a posé cette « colle » amicale  : « Le prénom de son père » ??? MURAT ne l’a jamais évoqué et ne le fera sans doute jamais. Il est des fêlures, des blessures sûrement trop profondes … Mais MURAT est un homme de cœur, sensible et foncièrement bon. La chanson :  « Qu’est-ce que ça veut dire » en est le meilleur exemple. Elle dit long sur les qualités de cet homme qui a su passer outre sur certaines difficultés de la vie et tendre la main à ce vieux père redevenu un enfant. Beaucoup pourraient en prendre exemple.

Tout à mes réflexions, ne voilà t’y pas que ce matin Armelle,  nous propose à la lecture une interview de JLM parue dans « L’Express » du 23 octobre 2013. Il y parle  de sa grand-mère. Ecoutons le : « Elle s’appelait Thérèse et elle chantait tout le temps, quand elle gardait les vaches sous la pluie, sous son grand parapluie noir. Elle rêvait de théâtre et de Paris, lisait des romans feuilletons, et inventait des chansons pour toutes les occasions… En quelque sorte, je fais ce qu’elle n’a jamais pu faire ». Il n’y a là que des mots simples, des images simplistes : une vieille dame sous son parapluie, gardant les vaches. Il ne parle pas du petit garçon qui l’accompagnait, qui l’écoutait chanter … Ce p’tit garçon, il n’a rien oublié des odeurs, des saveurs, des couleurs … des malheurs, des aigreurs … Il en a gardé le meilleur et n’a de cesse de rendre hommage à ceux qui l’ont fait. Thérèse et François (le grand-père) figurent au premier rang. Dans cette même interview signée Juliette COTTIN MURAT évoque d’autres souvenirs d’enfance : « Je suis longtemps resté avec le souvenir du cirque de Buffalo Bill, qui était venu à La Bourboule, amenant avec lui des Indiens sioux. Dans la mythologie de ma petite enfance, je me disais que j’étais sûrement un descendant des Indiens des hautes plaines. C’est comme si l’Auvergne était mon Amérique, mon Indiana: je me sens un peu comme les cow-boys des westerns. C’étaient mes héros! ». Voilà encore des « riens »  qui s’ajoutant aux précédents vous donnent le portrait d’un enfant reconnaissant envers ceux qui l’ont aidé à devenir un homme, à être ce qu’il est. Les leçons de vie reçues de ses aïeux permettent au chanteur MURAT de faire la part de chose. Notre société ou tout n’est que faux semblant et clinquant l’invite à s’éloigner de ses origines modestes. Lui il s’y raccroche comme un fou. Il y fait sans cesse référence.

Depuis plusieurs années, MURAT semble prendre un malin plaisir à laisser dans chacune de ses interviews des traces précises de son enfance, des choses insignifiantes … des « riens »  … Au bout du compte nous aurons le récit d’une enfance heureuse …

***

Publié dans : ||le 24 octobre, 2013 |3 Commentaires »

3 Commentaires Commenter.

  1. le 24 octobre, 2013 à 16:13 Muse écrit:

    L’expression choisie à dessein par JLM était là pour être blessante. Et elle correspond aussi à un esprit étroit et à ce que je pourrais appeler un entre soi, bien perceptible en milieu rural.

    J’en parle en connaissance de cause pour avoir longtemps vécu en campagne et pour voir avec quelle cruauté méchante, toute personne extérieure au cercle du village, au cercle des habitués, est systématiquement avili et amoché. Les ragots de village sont des vipères qui peuvent faire des dégâts phénoménaux. Ainsi parfois,des menaces voilées, des moqueries d’un goût plus que douteux, des hostilités sont mises en place pour amener des gens considérés comme pas conformes au suicide, à quitter le village, à vivre en autarcie, totalement repliés sur eux-mêmes.

    Fernand Raynaud, un autre auvergnat en savait quelque chose quand il a écrit le sketch du douanier villageois qui contribue à faire chasser le boulanger d’origine étrangère, donc que la communauté auvergnate ne peut pas admettre en son sein.

    http://www.dailymotion.com/video/x8eeqs_fernand-reynaud-le-douanier_fun

    L’originalité n’est pas admise en campagne, encore moins une sexualité différente de la norme hétéro. Tu serais surpris, Didier, du nombre de suicides de jeunes homos vivant en milieu rural. Il est deux fois plus important qu’en ville. Et ce n’est pas un hasard, crois-moi.

    A moins d’être complètement inconséquent, JLM savait bien ce qu’il disait en insultant Valérie Lehoux.
    Et pour le coup, tu vois, il a fait preuve d’un mauvais esprit rural que je connais bien.

    Il y a quelques années, quand je réglais la succession de mon paternel, je remonte dans mon village avec ma famille et mon compagnon. Je passe en fin de matinée au café jouxtant ma maison natale, pour saluer quelques anciens copains du collège, des gars qui sont restés au pays et avec qui j’ai de bons souvenirs d’enfance et d’adolescence. Je tenais à les saluer, à m’enquérir de leur vie, de leurs rêves, de leurs espoirs. Leur dire que je ne les avais pas oubliés. Ca me paraissait juste important. L’un deux après quelques verres, m’interpelle en me demandant l’air goguenard et rigolard quelle idée j’ai eue de me mettre en couple avec un arabe, simplement parce que mon compagnon qu’il a aperçu de loin dans la matinée, bordelais d’origine arménienne, a le teint mat et les cheveux très noirs. Le choc que ce préjugé gratuit et méchant a eu sur moi, m’a terrassée.

    Comment des potes avec qui j’avais grandi, étudié, ri, passé de si bons moments, pouvaient d’avance définir de façon aussi caricaturale qui était mon compagnon et sous-entendre qu’en gros, j’avais trahi le village et mes origines en étant en couple avec celui que j’avais choisi, un étranger, suspecté de l’être simplement de par son physique? Il y avait là quelque chose d’absurde, de surréaliste, mais de néanmoins terrible et violent.

    Et c’est à ce moment-là que j’ai mesuré que ce qui sépare les gens qui ne sont jamais vraiment partis du village, de ceux qui en sont sortis pour vivre ailleurs et pas forcément en ville, c’est très souvent cette méchanceté bête et gratuite, faite de préjugés, de réactionnaire, d’intolérance que j’avais oubliée, même si j’en avais déjà souffert autrefois, mais qui revenait me gifler comme un vent mauvais.
    C’est ce que j’appelle, le revers de la médaille du bonheur de vivre en campagne, un caillou dans la chaussure qui blesse durablement parce qu’on arrive pas à le faire sortir. Parce que ce caillou est carrément incrusté dans la semelle et dépasse juste pour faire mal, même à l’insu de son plein gré…

    Il est donc plus facile, une fois qu’on est un peu sorti de sa région, de pouvoir retrouver des racines familiales anciennes rurales, que renouer d’avec celles dans lesquelles on a directement et longuement vécu. Justement à cause de cet aspect violent des mentalités rurales qui fait qu’on existe quasiment jamais pour soi en tant que personne, mais juste sur les préjugés bons ou mauvais que les gens ont sur votre famille ou vos proches.

    La relative absence d’investissement parental a contraint JLM à se raccrocher à ses grands-parents pour se construire en tant qu’enfant, ado et adulte. J’ai fait un peu la même chose.
    Mes grands-mères auvergnates ont joué un grand rôle dans mon enfance et mon éducation. Et plus j’avance dans la vie, plus je mesure l’importance de ce matriarcat qui ne dit pas son nom, très très présent en Auvergne.
    Matriarcat qui a tendance à scléroser les garçons tout en les rendant très dépendants psycho affectivement. Je l’ai compris en voyant les problèmes d’autonomie qu’ont rencontré mon père, mon parrain, les difficultés d’amis auvergnats vis à vis de leurs mères…Difficile de prendre vraiment son envol avec ces maîtresses femmes, si exemplaires et mères courage peuvent être la plupart. Chaque garçon doit affronter une forme de vampirisme perpétuel qu’il doit détricoter s’il veut pouvoir exister à lui-même.
    Et ce n’est pas évident. La culpabilité à faire ce travail est juste énorme, à la mesure de l’amour fusionnel entretenu avec la mère ou la, les grand-mères. Ceux des Auvergnats que je connais n’ont jamais pu faire l’opération de desenvoûtement. Cela les a enchaînés à des situations, des comportements qui leur ont plus gâché la vie que permis de s’épanouir. Car ces femmes sont très douées pour culpabiliser leurs garçons de s’émanciper et partir, spécifiquement dans les familles paysannes.

    Et souvent ces hommes peu proches de leurs pères, relativement effacés, ne réalisent que tardivement, le manque de contact et de relationnel qu’ils ont eu avec eux, contact qui aurait pu contrebalancer s’il avait été plus intense, l’influence et le vampirisme fusionnel vécu avec les mères ou les grands-mères.

    Emmanuel Todd en tant qu’anthropologue dirait sans doute que cela vient du passage mal négocié d’un système de famille souche à une famille nucléaire, phénomène qui touche les campagnes et zones montagnardes françaises à partir des années 1950-60. Et c’est sans doute vrai. Mais c’est un phénomène qui reste malgré le temps qui passe, encore très présent et ancré dans les familles en Auvergne.

    Mais il est relativement tabou d’en parler. Ce n’est pas quelque chose qui se dit, même si ça s’observe énormément dans les villages auvergnats et dans la plupart des familles rurales des différents départements d’Auvergne.

    Quand je suis venue vivre en Sud-Ouest, j’ai constaté le même problème masculin dans les familles rurales basques et béarnaises. Et là encore, une difficulté des garçons à s’extraire hors du vampirisme féminin véhiculé soit par les grands-mères, soit par les mères.

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  2. le 24 octobre, 2013 à 21:22 didierlebras écrit:

    Salut Muse,
    c’est toujours un plaisir de te lire. Décidément avec « la brouteuse » jamais nous n’arriverons à trouver de terrain d’entente. Il est bien que l’un ni l’autre ne « vendions » notre âme.
    Sincères amitiés.
    Didier.

    Dernière publication sur  : Jean-Louis MURAT ... il aime ... il n'aime pas ...

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  3. le 25 octobre, 2013 à 9:25 Muse écrit:

    Coucou Didier

    J’ai vu trop de drames se dérouler du fait de ces méchancetés répétées en milieu rural, trop de gens démolis définitivement pour pouvoir pardonner ce type d’insulte.
    Venant d’un adulte qui se prétend sensible à fleur de peau et que j’apprécie par ailleurs, cette insulte est d’autant plus méchante et impardonnable à mes yeux.

    Bises amicales

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