Jean-Louis MURAT … « Toboggan » … 2013 …
Avant que de procéder à une étude plus fouillée des articles parus dans la presse de l’album « Toboggan », par ce matin de printemps pluvieux, je vous livre mon « perçu » du dernier opus du « Berger de Chamablanc » …. Certains diront que c’est prétentieux de ma part … Qu’importe les mauvaises langues …
L’album « Toboggan », ce sont dix chansons qui n’en constituent qu’une seule. Ce sont les paroles d’un papa nostalgique, mélancolique, d’un monde qui n’est plus … ne sera plus … et s’interrogeant sur … DEMAIN ???
« Il neige », le silence entoure la campagne endormie. Il est 7 heures, les enfants dorment encore. Jean-Louis se revoit petit garçon, traînant dans les jupes de sa grand-mère. Dans la maison aux murs gris personne ne parle. François grommelle dans son coin. La vie était rude mais au moins on était heureux ! Il fallait travailler dur, mais on avait du travail ! Dehors le chien aboie … Aujourd’hui la vie n’est faite que du bruit assourdissant de nos écrans de télévision. Parole de journaliste est vérité toute faite. Rumeur colportée sur BFMTV est condamnation assurée. Plus personne n’entend aboyer les chiens, ni encore moins miauler les chats. Pis encore, les paysans n’en sont plus. S’ils ne peuvent accéder au statut d’industriel, ils meurent un à un. Ils se mettent la corde au cou … Jean-Louis met le nez à la fenêtre … « Tiens le renard a traîné par là » … Derrière les murs on devine, le froid, le vent, la glace qui vous saisit le corps. Il se revoit « petit », dans la nuit noire, accompagnant François, pour aller casser la glace de l’hiver et permettre aux vaches de se désaltérer … En ce temps là les « vivants » pensaient plus aux animaux qu’à eux-mêmes. Le bien être des hommes de la ferme, passait d’abord par celui de leurs animaux. Qui aime son chien, ne maudit pas son voisin … Passent les saisons, nous voici au cœur du printemps. Perce-neige et jonquilles ont déjà flétri. Nous sommes en Avril, dans les arbres les pies font leur nid … merles et grives chantent à tue-tête. Les jeunes veaux et « génisses » gambadent dans les champs. François rentre de la forge. Il y a bu un coup, deux puis trois … Il va falloir qu’il passe son courroux sur quelqu’un. Jean-Louis s’est retiré dans l’atelier du grand-père. C’est vrai, la vie n’était pas toujours rose, mais au moins nous étions heureux !
Ca y est … il est huit heures ! Gaspard et Justine sont à présent debout. Laure couve ses rejetons du regard. Une maman a l’œil a tout. Jean-Louis, regarde vivre ce petit monde. Il conseille : « Apprends à t’orienter de nuit/Apprends à t’orienter de jour » … Gaspard n’écoute pas. Il se moque de sa sœur. Voilà qui va se terminer par une dispute. Les enfants qui s’aiment, dans une famille qui s’aime, ont plaisir à se quereller … « Amour n’est pas querelle » (…) « Aimer c’est être aimé ». Dehors le « chat noir » traverse la cour, sans s’occuper de l’air du temps. Le chat semble insensible à tout. Le temps ne semble pas avoir de prise sur lui. Le p’tit Jean-Louis est reparti dans ses rêves. Il revoit « l’œil du cochon qu’on abat » et chante : « L’œil de la bête m’a regardé/L’animal est abandonné/Le tout/Jusqu’à l’éternité ». A la campagne … la mort est familière. C’est le petit veau mort-né … ce sont les larmes dans les yeux de grand-père … c’est de « quoi vivre » … qui s’en va … Tuer le cochon c’est donner à manger à la famille. En ce temps là, point de circuit parallèle vous trompant sur la qualité des produits mis dans votre assiette. A la campagne vous mangez rien moins que le fruit de votre travail. Toute la famille en vit. C’est la fierté du paysan. On ne mange que ce qu’on a. On ne vit pas à crédit. On ne dépense que l’argent en sa possession. On ne vit pas sur le dos des générations futures. Parfois donc, la pitance est maigre. Un morceau de quignon, un bout de lardon … ce s’ra tout pour aller au lit, pour passer la nuit. Le matin c’est bol de lait, tout juste soutiré du pis de la vache, tout chaud … François ne dit mot. Il pense à la vieille vache qu’il faut vendre … Le chien du voisin aboie encore, aboie toujours …
Retour au présent, les enfants sont partis avec leur mère à l’école … Il neige dru … « La nature alentour s’est enterrée » … « Dans sa bergerie rêve/Le berger endormi ».
Ce « Toboggan » est un pont entre générations … ceux qui vont partir et le savent (nous les vieux) … ceux qui ne s’en soucient pas (eux les jeunes) … C’est aussi un grand point d’interrogation : « De quoi demain sera fait ? Qu’allons nous laisser à nos enfants ? ». Jean-Louis MURAT vous êtes bien le seul artiste de renom à avoir ces préoccupations et à en faire le sujet principal d’un album. Certains railleurs disent que vous êtes trop « triste » trop « chiant ». Ils n’ont pas compris que vous étiez « grave ». Il y a quelques jours au Trianon, chantant vos petites chansons, c’est à ça que vous pensiez … « ce monde qui n’est plus » et plus grave encore « ne sera jamais plus » ! Certains trouvent que vous n’avez pas assez parlé, commenté … que vous n’avez pas écouté leur demande de rappel … Certains en ont même écrit des ignominies. Ils n’ont pas compris qui est Jean-Louis MURAT … un papa soucieux de « demain » … plume légère et belle … à la voix rocailleuse et cristalline qui porte en elle le roulis de … : « l’eau de la rivière » … où enfant, il allait pêcher la truite à main nue …
Merci Monsieur Jean-Louis MURAT de ce merveilleux « Toboggan » … Je me suis introduit chez vous. Je n’ai pas fait de bruit. Je n’ai dérangé personne. Loin de l’Auvergne, le petit Breton, fils de paysan que je suis, se nourrit de vos mots … En écoutant ce « Toboggan » je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée très forte pour Jean-THEFAINE autre Breton qui savait si bien parler des mots de Jean-Louis BERGHEAUD …
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« Toboggan » bénéficie d’une production classique , agrémentée de celle de « Toboggan spécial » …
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CD 10 titres « Pias » n° 5 414939 399320 date de sortie le 25 mars 2013.
Listing : 1 – Il neige 2 – Amour n’est pas querelle 3 – Over and over 4 – Le chat noir 5 – Belle 6 – Robinson 7 – Agnus Deï babe 8 – Extraordinaire Voodoo 9 – Voodoo simple 10 – J’ai tué parce que je m’ennuyais.
- Double CD digipack (édition limitée) « Pias » n° 5 414939 389429.
listing CD 1 : idem à ci dessus.
Listing CD 2 : 1 Mousse noire (live) 2 – Yes Sir (live) 3 – Jim (extrait/live).
- 33 tours « Pias » n° 5 414939 389214.
Face A : 1 Il neige 2 Amour n’est pas querelle 3 – Over and over 4 – Le chat noir 5 Belle.
Face B : 1 Robinson 2 – Agnus Dei babe 3 – Extraordinaire Voodoo 4 – Voodoo simple 5 – J’ai tué parce que je m’ennuyais.
- CD hors commerce « Amour n’est pas querelle » production (n°903) « Les Inrockuptibles ». Ref. LI 13 229. Date de sortie le 13 mars 2013.
- CD hors commerce – Acétate « Amour n’est pas querelle ».
- CD hors commerce « Over and over » (3’54). Edition limitée, réservée aux médias. « Pias » pas de numéro.
- CD hors commerce « Le chat noir » (2’51). Edition limitée réservée aux médias. « Pias » pas de numéro.
- CD hors commerce 10 titres (Edition très limitée). « Pias » n° 942 A865 220.
- CD hors commerce vidéo « Over and over » (2’47). « Pias » pas de numéro.
- 45 tours (sortie le 20 avril 2013) à 350 exemplaires comportant 2 titres : 1 Over & over 2 Il neige. « Pias » n° 5 414939 393914
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Double CD (sortie le 15 novembre 2013) « Toboggan spécial » comportant 5 inédits live … « Pias » n° 414939579523
- Exemplaire scellé avec publicités diverses (recto)…
- CD 5 titres hors commerce (n° 192/200) … recto … rondelle … verso …
- Single (hors commerce) « L’eau de la rivière » …
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L’album « Toboggan » semble s’inscrire dans une suite et constituer le 3ème volet d’un triptyque. En effet « Le cours ordinaire des choses » (2009) nous parle d’un « aujourd’hui » ou Jean-Louis BERGHEAUD ne trouve pas sa place. Avec « Grand lièvre » (2011) MURAT rend hommage à ses aïeux qui ont défendu la terre de leurs ancêtres et celle de leurs enfants. Cet album « aux grandes oreilles » est un vrai retour aux racines, on y retrouve comme jamais le p’tit BERGHEAUD … celui de la fanfare municipale … « Toboggan » (2013) constitue la suite logique des deux précédents albums. MURAT s’interroge sur l’air du temps. Que sera demain ? Quelles perspectives donnons nous à nos enfants ? Pire encore quel monde allons nous leur laisser ? Trois albums … ou nous cheminons d’aujourd’hui à demain en passant par hier …
Dans le cadre de la promo le 22 mars 2013 dans un communiqué « AFP » on peut lire : « De nombreux titres de l’album parlent de religiosité, de culpabilité, d’un renversement des valeurs dans lequel dit-il : « On trouve des excuses aux coupables et on cherche des noizes à l’innocence ». MURAT poursuit : « Je trouve qu’il y a une faillite morale dans laquelle on s’enfonce. Je suis toujours resté sur cette idée en faisant le disque ». Ces propos sont tenus bien avant que n’éclate l’affaire « CAHUZAC » … C’est dire la pertinence des propos de MURAT … MURAT a toujours raison, a souvent raison … Mais où sont donc passés ces « donneurs de leçon » : les NOAH … BENABAR … qui péroraient sur les podiums de ceux promis à la Présidence ???
Dans les colonnes de « Magic » (avril 2013) Renaud PAULIK interviewe MURAT : « Toboggan un album sur les sentiments ? ». Réponse de l’Auvergnat : « Je n’aime pas trop m’apesentir là-dessus. Je l’ai beaucoup fait avec Dolorès (1996). Je préfère monter le niveau à chaque fois et rester sur les désaccords entre nous et notre nature, nous et nos idéaux. Le couple est devenu une sorte de bombe à retardement dont on augmente tous les jours la charge explosive avec des problèmes non réglés supplémentaires, des problèmes qu’on a avec nous même, la famille, les parents, l’endroit où l’on vit, notre langue, nos idées surnaturelles ». PAULIK enchaîne : « Aujourd’hui, s’agirait-il d’une difficulté de s’aimer soi-même ? ». La réponse fuse : « Oui, j’en suis plus là. J’ai un tel égo qu’après m’être ainsi divisé entre MURAT et BERGHEAUD, j’en suis à comprendre pourquoi je n’arrive pas à marier les deux. Le mariage pour tous m’aidera peut-être. En attendant, j’ai un peu de difficulté ».
Triptyque vous disais-je ??? Oui … Où suis-je ? (2009) – D’où je viens ? (2011) et Ou vais-je ? (2013). MURAT esthète des mots, troubadour des temps modernes, paysan sans terre … est tout sauf un chanteur comme les autres.
Merci à vous Monsieur Jean-Louis MURAT d’être fidèle au p’tit BERGHEAUD que vous aimez beaucoup malgré vos dénégations. Vous voyez vous ne dites pas le contraire … Si si le p’tit BERGHEAUD … celui qui jouait dans la fanfare … qui accompagnait François au bistrot … qui parlait aux vaches … qui aimait Françoise … et l’aime toujours un peu … N’est-il pas ??? Merci Monsieur Jean-Louis MURAT (vous le poète ignoré) de nous dresser à chaque nouvel album un portrait sans concession de notre société … où décidément tout va à veau l’eau … Hélas pour nos propres enfants ! Un jour viendra où l’on reconnaîtra les qualités de visionnaires qui son les vôtres …
Il me tarde d’être au 14 mai … jour de concert à Rennes … et je vous dirai droit dans les yeux : « Merci … vous êtes un mec bien ! » Je n’ai rien d’autre à vous dire …
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