Archive pour janvier, 2011

Jean Louis MURAT … « CHARLES & LEO » … 2007 …

Ce nouvel album (CD + DVD) bénéficie d’une production peau de chagrin.

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  • CD + DVD – Scarlett V2 Music n° VVR 1048802 – boîtier cristal – date de sortie le 01 10 2007.

Tracklisting CD : 1 Sépulture – 2 Avec ses vêtements – 3 La fontaine de sang – 4 L’héautontimoroumenos – 5 L’horloge – 6 Le guignon – 7 Le madrigal triste – 8 La cloche fêlée – 9 L’examen de minuit – 10 Bien loin d’ici – 11 Je n’ai pas oublié – 12 A une mendiante rousse.

Tracklisting DVD : 1 Réversibilité – 2 L’héautontimoroumenos – 3 Le guignon – 4 L’examen de minuit – 5 Bien loin d’ici – 6 Avec ses vêtements – 7 Madrigal triste – 8 L’horloge – 9 Je n’ai pas oublié – 10 La cloche fêlée – 11 La fontaine de sang – 12 Sépulture – 13 A une mendiante rousse – 14 Petite.

  • Coffret livret + CD – Scarlett V2 Music n° VVR1048808 – CD 12 titres + édition « Les fleurs du mal » Gallimard n° ISBN  978207034894-7 Date de sortie le 11 10 2007.
  • CD hors commerce - Scarlett V2-Acétate – sans n° de référence – mono-titre : « Sépulture » (2’59).

 

***

Il s’agit d’une première pour MURAT  qui ne s’est jamais mis dans la position de simple interprète. Sur ce projet il est accompagné de Denis CLAVAIZOLLE – Morgane IMBEAUD  du groupe « COCOON » lui donne la réplique. « Je tenais à avoir une voix féminine. Celle de Morgane porte quelque chose de sombre, une sensualité qui aurait intrigué BAUDELAIRE ». Pour les accompagner en studio on retrouve des fidèles : Christophe PIE (batterie) – Alain BONNEFONT (choeurs) ainsi qu’une section rythmique jazz sur « l’horloge » assurée par Stéphane MIKAELIAN et Pascal FANNY.

Comment MURAT  aborde ce pari  … Chanter BAUDELAIRE  sur des musiques de Léo FERRE, tout en restant … MURAT  ???

Pour « l’Express » le 11 octobre 2007 il déclare : « J’ai mis longtemps à accepter. Ce qui m’a décidé ? Je ne voulais pas qu’un autre chanteur s’y colle à ma place ». (…) « Ni l’angoisse ni la dévotion cucul ne m’ont traversé l’esprit. Mon cahier des charges était le respect absolu de la ligne mélodique de Léo FERRE et l’assurance que l’on comprenne bien chaque syllabe.Je suis passé par une phase de transition et n’ai enregistré que lorsque je me suis approprié les chansons. Elles étaient tellement devenues miennes qu’il m’est arrivé de changer instinctivement des mots. C’était sans doute aussi une affaire d’égo : à force, BAUDELAIRE  devait m’emmerder … Quand j’en ai eu assez de la formule piano-voix, épurée, très belle car marquée par RAVEL  et DEBUSSY, qui habille par exemple « La fontaine de sang » ou « L’héautontimoroumenos », j’ai sorti la guitare électrique, l’harmonica et remis « L’horloge » ou « Madrigal triste » à mon goût … ». 

Dans un article publié le 18 octobre 2007 dans les colonnes de « Métro » MURAT répond à cette question :

METRO  : Quelle à été la plus grande difficulté ? 

JLM : « De m’effacer. Etre uniquement interprète. Ça ne m’était jamais arrivé. D’habitude je compose, j’écris mes textes, je produis. Là, je n’ai fait qu’exécuter. C’est très difficile de s’autojuger quand on n’a pas la musique et qu’on n’a pas écrit les textes. Le plus difficile a été de travailler sur les chansons qui sont complètement hors des structures classiques, hors tempo, comme dans « Je n’ai pas oublié », où tout est aléatoire ».

Mais au fait, que pense MURAT  du poète BAUDELAIRE  ???

La réponse il la donne à « L’Express » dans l’article mentionné précédemment : « Je me retrouve en lui, comme tous les grands poètes, il parle d’amour, de mort, de dégoût de soi, de désenchantement. Pareil à VILON, à RIMBAUD, il s’en va à la luxure en se signant. Le sale côtoie Saint Jean de la Croix. Ma ferveur pour la poésie c’est ça : un cardinal d’amour extrêmement dépravé, EROS  avec mauvaise conscience. BAUDELAIRE  reste pour moi, le fils de Julien SOREL et de Mathilde, le petit frère d’Emma BOVARY. Il est aussi rebelle qu’eux, est mené par la passion, s’ennuie en France. C’est le dernier poète chantable. MALLARME  est inadaptable. ARAGON  c’est du sous BEAUDELAIRE. Je déteste PREVERT. Après c’est la dégénérescence, on arrive au néant, à GRAND CORPS MALADE … » 

Sous la plume de Michel TROADEC dans le quotidien « Ouest France » le 7 octobre 2007,  il est plus explicite encore : « BAUDELAIRE, c’est empoisonné, c’est toxique. (…) C’est l’homme en position d’échec . Un face à face avec les ténèbres. Et c’est la langue la plus admirable de la poésie française. La langue de tous les siècles d’avant, qu’il ramasse pour en faire un sommet indépassable ». Fermez le ban !!! 

L’étude de cet album nous donne l’opportunité de nous interroger sur les moeurs de l’époque, sur la bien-pensance. Le quotidien Belge « La Dernière Heure » dans son édition du 11 octobre 2007 nous relate les difficultés rencontrées par BEAUDELAIRE  avec la justice de son pays suite à la parution des « Fleurs du Mal » :

« Cent cinquante ans et toujours la même odeur de souffre. Étonnant pour des fleurs. Mais c’est qu’elles sont du mal et que c’est sous la plume du dérangeant Charles BAUDELAIRE qu’elles ont éclos, le 25 juin 1857, chez POULET-MALASSIS, éditeur parisien.Un bouquet de cent, un bouquet de sang, qui parle de spleen, d’idéal, de vins, de révolte, de mort. Et de fleurs aussi. Un livre mal accueilli par la critique, à l’exception de Barbey d’Aurevilly, qui défendra son ami bec et ongles. Mais l’article qui paraît le 5 juillet dans « Le Figaro » met le feu aux poudres et s’il offre une grande notoriété au poète, il l’envoie également devant les Tribunaux ».

« Cinq mois après le retentissant procès de FLAUBERT pour Madame BOVARY, les chefs d’inculpation qui pèsent sur BAUDELAIRE sont les mêmes : immoralité et obscénité. Mais, à l’inverse de Gustave, Charles, lui, est condamné pour  « offense à la morale publique … la morale religieuse et aux bonnes moeurs ». Il aura à payer 300 Francs et se verra contraint de supprimer six poèmes. Qui ne tarderont pas à être publiés, à nouveau, en Belgique, en 1864, dans le Parnasse satyrique du dix neuvième siècle. L’écrivain est très affecté par cet échec. Petit à petit il s’enfonce dans la maladie et dans la misère. Il est couvert de dettes et ne peut faire face à ses créanciers. Aussi quand on lui propose une tournée de conférences dans notre pays, il imagine y trouver une porte de sortie. Las ! C’est lors d’une conférence à Namur en 1866, qu’il est frappé par un grave malaise qui le laisse paralysé et aphasique. Muré dans son silence, il mourra à Paris le 31 août 1867. Il repose à côté de sa mère, au cimetière de Montparnasse ».

Cette page d’histoire tournée … revenons au présent. La critique dans son ensemble est élogieuse envers ce nouvel album. Celle formulée par  « Froogy’s delight » est nuancée et convient au fan … pas toujours objectif que je suis : « MURAT  avait déjà repris joliment « Réversibilité » il y a quelques années. Ici c’est donc tout un album qui fait honneur aux poètes que furent dans leur genre BAUDELAIRE  et FERRE. Et MURAT tient sans doute un peu du talent de chacun dans ses mots et dans sa musique. Et il le prouve en faisant siennes ces 12 chansons qui pourraient sortir du répertoire de l’Auvergnat ».

Je ne peux conclure cet article sur « Charles et Léo » sans dire un mot sur l’exceptionnelle qualité du DVD … Chapeau Monsieur MURAT ! Pour le compte de « RFI »le chanteur nous parle des conditions d’enregistrement de ce que je considère comme un joyau. Piano voix … sans public … à la Coopérative de Mai … MURAT raconte : « Ça a été éprouvant. On n’avait pas le droit à l’erreur. Ça a été fait dans l’après-midi : quatorze chansons, chantées trois fois. Je voulais un petit club. Au départ je ne voulais même pas de micro. J’ai chanté sans sono, sans rien, à l’ancienne. On avait une balance naturelle avec Denis. Le DVD, que je n’ai toujours pas vu, est crû et brut, sans aucune retouche ».

***

Comme il est doux de se promener en compagnie de BAUDELAIRE – FERRE  et MURAT je vous donne à lire quelques extraits « des Fleurs du Mal » … de Charles BAUDELAIRE …

***

… L’horloge …

Souviens toi que le temps est un joueur avide

Qui gagne sans tricher, à tout coup ! C’est la loi.

Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi !

Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

***

… A une mendiante rousse …

Blanche fille aux cheveux roux

Dont la robe par ses trous

Laisse voir la pauvreté

Et la beauté

***

… Petite …

(Texte de Léo FERRE  et non de Charles BAUDELAIRE … )

mais c’est tellement beau que je ne résiste pas au plaisir de rajouter ces quelques vers …

 

Tu as des yeux d’enfant malade

Et moi j’ai des yeux de marlou

Quand tu es sortie de l’école

Tu m’as lancé des petits yeux doux

Et regardé pas n’importe où

Et regardé pas n’importe où

***

… Peut-être serais-je traité d’hérétique

par quelques caciques …

 

*** 

Publié dans:Non classé |on 15 janvier, 2011 |1 Commentaire »

Jean Louis MURAT … « Taormina » … 2006 …

Ce nouvel album, placé sous le signe de la mort, bénéficie d’une production classique :

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  • CD Scarlett V2 n° WR 1040992 – boîtier cristal – 12 titres.

Tracklisting: 1 Caillou (3’48) – 2 Le chemin des poneys ( 4’31) – 3 Taormina ( (3’33) – 4 Au dedans de moi (3’17) – 5 L’heure du berger (4’04) – 6 Est-ce bien l’amour ? (2’54) – 7 Maudits (3’23) – 8 La raie manta (3’13) – 9 Billy (2’13) – 10 Démariés (3’58) – 11 Accueillie-moi paysage (6’25) – 12 Gengis (4’25).

  • CD promo Scarltt V2 n° WR 5041373P – mono-titre « Caillou » (3’48) – pochette carton signée M/M
  • CD promo Scarlett V2 n° WR 5044063P – mono-titre « Au dedans de moi (radio-mix – 2’40)
  • 1 clip « Caillou ».
  • 1 clip « Au dedans de moi » … http://fooooo.com/watch.php?id=78bbf136cbdcce576cfc0c8c102b60a8

Complété le 12 01 2011 …

  • 1 songbook avec les 12 chansons de l’album plus deux inédits « Le rêve » et « L’extravagant ». Le tout est accompagné de magnifiques dessins de JLM.
  • Dans le cadre  de la Promo sur le site jlm.com il était possible d’avoir un aperçu des chansons composant ce nouvel opus. Chacun des titres (moins d’une minute) est accompagnée d’une vidéo. L’ensemble est superbe à l’image de cette vidéo où l’on peut voir JLM (je pense) … en magnifique bébé … sur les paroles et la musique de « Caillou » … c’est trop la classe …

 http://www.megaupload.com/?d=0QN1LV0V

Cet ensemble de 12 petits films est remarquable. On y voit défiler tout ce qui a marqué la vie de JLM … de la plus tendre enfance comme ci-dessus … en passant par le marché de « La Bourboule » … des images du groupe « Clara » … du Tour de France … Tout ce qui a … et fait Murat … Pour mémoire c’est JLM qui dit : « IL FAUT AIMER CE QUI NOUS A FAIT » … Je trouve ces paroles d’une puissance phénoménale … Elles se rapprochent davantage de celles d’un philosophe que d’un chanteur ou d’un poète … je finirai ce voyage en « Muratie » et je ne serai pas loin de penser que MURAT est un philosophe au vrai sens du terme …

***

« Platine » dans son numéro d’Octobre, sous le plume de « JPP » sous le titre « L’ange reclus » nous met de plein pied dans l’ambiance sombre de cet opus.

JPP : « Taormina » est votre « combientième » disque ? Beaucoup de journalistes semblent vraiment perdus dans votre discographie ?

JLM : On m’a dit que c’était le 22ème …

JPP : Nouvel album et nouvelle maison de disques, puisque vous passez de EMI/VIRGIN à V2. Qu’est-ce que cela change pour vous ?

JLM : Chez V2 je suis mon producteur en licence alors que j’étais artiste « maison » chez VIRGIN. Mais cela ne change pas grand chose pour moi. Car dans ma maison de disque précédente, on me donnait le budget d’enregistrement, je le gérais moi-même et personne ne venait en studio me dire quoi faire. Cela reste pareil aujourd’hui.

JPP : Comment jugez-vous ce nouvel album par rapport aux précédents ?

JLM : J’essaie surtout d’améliorer ce que je fais. Quand je finis un disque, je fais une sorte d’état des lieux de ce qui est réussi et de ce qui l’est moins, et je prends des notes pour essayer d’améliorer le suivant. Je suis comme un ingénieur ou un architecte, j’essaie de déceler les points faibles de la construction. Cela amène de la diversité à mon travail.

JPP : Pour ce nouvel album certains titres existaient-ils depuis longtemps ?

JLM : Oh non, à chaque nouveau disque je repars de zéro, je n’utilise jamais d’anciens titres. Pas de fonds de tiroirs ! Quand j’ai terminé « Taormina », j’ai tout emballé dans un carton, les textes, les maquettes, c’est fermé et classé, et je passe à autre chose.

(…)

JPP : Comment choisissez-vous le 1er single en l’occurrence « Caillou » ?

JLM : A la fin, une fois que le disque est terminé. Pour « Caillou » je ne savais pas trop. Dès le début de ma carrière, j’ai laissé ma maison de disques choisir le 45 tours. Car si vous imposez vous-même et qu’ils ne sont pas d’accord, ils ne le défendront pas bien, ils ne bosseront pas. J’en ai déjà fait l’expérience douloureuse une ou deux fois. Donc là, j’ai laissé Alain ARNAUD  et son équipe choisir. Si ça marche je dis : « Bravo les gars » et si ça ne marche pas, c’est leur responsabilité. C’est un conseil à donner à tous les jeunes artistes : « Ne vous mêlez pas du choix du 45 tours ».

(…)

JPP : Celà va faire 30 ans que vous avez débuté dans la musique, avec le groupe CLARA en 1977, le temps qui passe vous pèse-t’il ?

JLM : Comme tout le monde … Pas plus, pas moins. Cela apporte des choses différentes : par exemple, là je suis grand-père et en même temps à nouveau papa. Mais dire que cela apporte de la maturité ou que sais-je, c’est de la foutaise ! Le temps qui passe on ne le sent pas forcément personnellement, mais plutôt par rapport à l’entourage, avec les enfants qui grandissent par exemple. Je me dis davantage « les enfants grandissent », plutôt que « je vieillis ». J’ai hâte que me petite dernière, Justine, qui a deux ans, grandisse, mais je ne me dis pas : « quel âge aurais-je quand elle aura 20 ans ? ». Je pense plutôt à être un papa efficace.

JPP : L’avez-vous été un papa efficace avec les enfants précédents ?

JLM : Oui, oui, très efficace. J’ai eu deux enfants avant Justine. Je suis trois fois papa de trois mamans différentes. Et grand-père maintenant, d’une petite fille adorable de 5 ans, Lisa. Je suis entouré de femmes et ça me va très bien (rires).

JPP : Le thème de la mort revient souvent dans les textes du nouvel album. Est-ce du au temps qui passe ?

JLM : Pas vraiment. C’est plutôt lié à la vie que j’ai la-haut en Auvergne,  au milieu des paysans, où il y a plus de morts que de naissances disons … Depuis 15 ans que je vis la-bas, je vois petit à petit un monde disparaître, les voisins mourir ou être malades, les gens céder leurs fermes …

JPP : Il n’y a pas de renouvellement ?

JLM : Non , pas du tout, il n’y a plus de jeunes qui s’installent. Je suis sensible à l’effacement lent, séculier, d’un monde paysan qui est en train de disparaître, à la disparition de gens de 75 ou 80 ans qui parlent patois et ont un caractère qu’on ne trouve plus. On se croirait parfois dans un film dialogué par AUDIARD. C’est plutôt la fin de ce monde là qui me touche et m’inspire. Par exemple, la chanson « Accueille-moi paysage » parle de ça et de la rudesse de la vie dans ces régions. J’ai deux de mes jeunes voisins paysans qui se sont suicidés de façon effroyable, parce qu’ils étaient trop endettés, étranglés par leur banque. L’un s’est jeté dans la fosse à purin, l’autre s’est pendu. Cà me bouleverse et cela fait la sève de mes chansons.  

JPP : D’ailleurs « Taormina » a été enregistré en partie chez vous en Auvergne, contrairement par exemple à « Mustango » qui a été fait aux USA ?

JLM : Oui, dans « Taormina » il reste quelques chansons que j’avais travaillées pour un projet de double CD qui n’est pas sorti, et qui s’appelait « Arverne », sur l’Auvergne. J’ai un disque entier de côté sur ce thème, qui parle des hautes terres, des gentianacées … En fait, c’était la première mouture de « Taormina », et au final, il reste sur l’album quelques chansons de ce disque qui verra peut-être le jour plus tard dans son intégralité.

JPP : Etes-vous d’accord pour dire que ce disque est rayonnant musicalement, malgré le côté sombre des textes ?

JLM : Je suis assez adulte pour comprendre que c’est l’ombre qui donne du sens à la lumière. Ca paraît une banalité, mais il arrive un moment dans sa vie d’homme où l’on se rend compte que l’amour, la mort ont leur revers. Etre un homme lucide c’est traiter les deux, la lumière et l’obscurité, le plaisir et l’angoisse … Toutes mes chansons sont réversibles, je pense, comme un message sombre ou lumineux. Je m’attache à avoir ces deux dimenssions, comme en peinture chez REMBRANDT ou DELATOUR par exemple ». 

***

Chacun sait combien MURAT n’aime pas ces périodes de promo où il faut enchaîner les interviews. De temps en temps cependant, il semble y prendre plaisir. Pour le compte du journal « ISA »le 31 8 2006 MURAT répond avec délectation aux questions parfois coquines … toujours malignes de Florence TRIDEZ :

F.T.  : La qualité que vous préférez chez vous ?

JLM  : La fidélité.

F.T.  : Le défaut que vous détestez  chez vous ?

JLM  : Mon système nerveux. Je me laisse aller à la colère. Je casse, je pulvérise, je disperse, je ventile !

F.T.  : Pourriez-vous vivre sans sexe ?

JLM  : Comme je suis un « orgasme addict », j’aurais du mal. Mais je maîtrise le sperme spirituel. C’est pour ça que les filles m’aiment bien, elles sentent le bon coup.

F.T.  : Quand vous vous regardez dans le miroir, vous vous dites quoi ?

JLM  : Je me dis que je ne vieillis pas vite et que j’aimerais bien vieillir plus rapidement. Les gens font ce qu’ils veulent, mais je suis contre la chirurgie esthétique.

F.T.  : Le truc politiquement correct que vous faites systématiquement ?

JLM  : Si un fumeur passe à côté de ma fille de deux ans, le mec peut numéroter ses abattis.

F.T.  : A part vous, qui aimeriez-vous être ?

JLM : J’aimerais avoir la puissance de souvenir de PROUST et la puissance de pensée de NIETSZCHE.

F.T.  : Vous aimeriez être beau comme ?

JLM : DYLAN.

F.T.  : Intelligent comme ?

JLM : DYLAN.

F.T.  : Doué comme ?

JLM : DYLAN.

F.T.  : Comment aimeriez-vous mourir ?

JLM : Ben … j’aimerais pas mourir ! Pourquoi voulez-vous que je meure,  vous êtes dégueulasse !

F.T.  : Votre devise ?

JLM : Prévoyons le pire, nous ne serons pas surpris.

***

Mais revenons à « Taormina » … Manuella GIROUD  nous y invite dans son interview pour le compte de « Nouvelliste »  dont voici des extraits:

« Je n’ose pas trop le dire, mais je crois que j’ai fait un album sur la mort »

Durant la conception de ce disque MURAT a été entouré de disparitions et a vécu des déceptions amicales. Il déclare :

« C’est aussi terrible, sinon pire, que la déception amoureuse. Parce qu’un ami, par définition, est quelqu’un qui ne vous trahit pas ».

Il est aussi devenu le père d’une petite fille :

« Je me suis dit : tiens, elle me verra mourir, c’est elle qui me fermera les yeux, donc ça me met un peu de gravité. Cette gravité n’est pas de la tristesse, mais savoir qu’on a un destin mortel ».

Sa plus belle victoire dans ce métier ?

« Durer » …

Comment ?

« En évitant soigneusement le succès et en évitant soigneusement l’insuccès, j’essaie de passer par cette porte étroite et je me maintiens vaille que vaille (rires) ! ».

Dieu ?

« Les peuples de Dieu nous cassent les pieds pour parler chastement ».

Lui qui n’a pas la foi juge tout à l’aune de deux principes simples :

« Tu ne tueras point » et « Aimez-vous les uns les autres ». Ce sont deux avancées fondamentales pour l’homme. Face à ceux qui les remettent en question, il faut savoir dans quel camp on se trouve et défendre ce qui nous fait spirituellement ! Je ne connais pas de message plus élevé que ceux là, avec « Tous les hommes naissent libres et égaux » en écho. Dans cette espèce de précipice dans lequel on a l’impression de glisser, ce sont les branches à peu près solides ».

Jean-Louis MURAT  de conclure : « Je ne crains pas de réfléchir à ça et de savoir quoi dire aux enfants. Plus le temps passe, plus je me sens responsable en ce sens ».

***

Pour « START UP » MURAT répond aux questions de Florence RAJON … un voyage entre la vie et la mort …

F.R.  : Le disque est très dépouillé. Jouez-vous du blues à votre façon ?

JLM : C’est mes racines, le blues. J’ai mis beaucoup de guitares.

F.R.  : L’avez-vous fait comme les précédents, rapidement ?

JLM : Non, j’ai pris beaucoup plus de temps, pour être un père (sa fille a 2 ans) très présent et sérieux parce que « papa » c’est le job supérieur par excellence. Mais il faut bien gagner sa croûte aussi.  Je travaillais quand ma fille faisait la sieste ou la nuit,  quand elle dormait.

F.R.  : A Bird on a Poire était léger. Taormina est plus sombre : la mort hante beaucoup de chansons …

JLM : Ca, ce sont les circonstances. J’ai eu quelques coups durs cette année. Deux amis très proches sont décédés brutalement d’un accident de moto. Et puis des voisins aussi. Dans la montagne, en Auvergne, il y a beaucoup de personnes âgées. Entre les suicides et les décès ça y va. Les paysans voient tout s’écrouler autour d’eux. Ils sont nés dans les années 30. Quand on voit les photos de leur enfance, on réalise qu’ils ont traversé 10 siècles en une vie et ils ne comprennent plus rien.

F.R.  : Vous chantez « maudits, les temps sont maudits » …

JLM : C’est une chanson contre les religieux. c’est très bien que les gens croient, mais qu’ils ne viennent pas emmerder ceux qui n’ont pas la foi. Apparemment l’homme est un animal qui ne peut pas se passer de l’idée  de transcendance. Moi, je suis intimement persuadé qu’il y a des choses bien supérieures à moi. Si vous voulez, je me sens croyant en ce sens là. Je mets très facilement un genoux à terre devant la beauté du monde ou la beauté d’une fille ».

 

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Autre interview choisie celle de « Magic » (septembre 2006) … Franck VERGEADE  est aux manettes :

F.V.  : Avec le recul, quels étaient les points faibles de « Mockba » ?

JLM : J’ai fait une erreur. J’avais un mini-album de Faces B destiné au net, intitulé « Les Faubourgs de Moscou« , et j’ai eu la faiblesse de le faire écouter à mon label, qui a insisté pour inclure quelques unes de ces chansons à Mockba. Parallèlement il y avait cet album à part entière pour Pierre Jean DE BERANGER. Du coup je me suis retrouvé avec deux disques qui ne devaient pas sortir dans le commerce, ce qui m’embêtait vraiment. Alors j’ai choisi de mettre deux, trois inédits, ainsi que trois titres de BERANGER. Au final, l’étrangeté de Mockba a ainsi été diluée. Peut-être le sortirai-je un jour comme il aurait du être.

F.V.  : Est-ce du au fait d’avoir enregistré à la maison que Laure chante à plusieurs reprises sur l’album ?

JLM : En partie. Elle chante bien mieux que beaucoup de chanteurs que j’ai pu utiliser par le passé. Et surtout, elle enregistre tout en une seule prise ».

***

Pour conclure, j’ai une nouvelle fois choisi « CHORUS «  (n°57) … Jean THEFAINE interroge JLM sur le froid qui existe entre lui et Fred JIMENEZ :

« Ça s’est corsé entre nous au mois de Novembre, lorsqu’il m’a annoncé, alors qu’on avait fait les rythmiques de dix chansons sur douze, qu’il devait s’occuper de l’album solo qu’il était en train de préparer. Il m’a dit qu’il viendrait achever plus tard le travail, mais je n’ai pas trouvé très cool qu’il me laisse en plan comme ça. Je l’ai donc assez mal pris et j’ai fini le disque tout seul, en jouant moi-même à la basse sur Taormina et L’heure du berger, un ami de Clermont, Christophe PIE, complétant à la batterie et aux percussions ».

Concernant l’ambiance générale « sombre » de l’album, MURAT confie à THEFAINE  :

« C’est le reflet de l’année difficile que j’ai vécue …Le non renouvellement de contrat Virgin … mon différend avec Fred JIMENEZ  …le lâchage de plusieurs de mes amis … mais surtout la soudaine disparition de deux êtres chers qui se sont bêtement tués en moto, la nuit. Jean-François était un de mes anciens musiciens et Alexandra la meilleure copine de Laure en Auvergne … Plusieurs agressions physiques … à St Malo … dans le hall d’une gare … à l’Elysée Montmartre  à un concert de John SPENCER  … »

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Taormina ??? Une voyage entre ombre et lumière … entre la vie et la mort … un bel album qui nous donne à mieux connaître l’homme MURAT … et non l’amoureux transi … Être papa … voilà qui, dans le monde d’aujourd’hui vous donne des responsabilités. J’ai pris beaucoup de plaisir a effectuer ce voyage en … « Muratie » … Je vous souhaite bonne lecture.

« 

 

 

 

 

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Publié dans:Non classé |on 6 janvier, 2011 |1 Commentaire »

Jean Louis MURAT … « Poèmes … 1451″ … 2005 …

 « 1451″est un ouvrage de 94 pages achevé d’imprimer en Italie en Février 2005 – édition limitée à 1000 exemplaires numérotés – n° ISBN : 2-9520607-1-1. – Scarlett éditions – Orcival. Y est joint :

  • 1 DVD vidéo « 1451″ – 1ère partie du poème & chanson « 1451″ (38′) – mention échantillon gratuit interdit à la vente. Pas de n° de référence

  • 1 CD audio « 1451″ – seconde partie du poème (25′) – mention échantillon gratuit interdit à la vente. Pas de n° de référence. 

 1451.jpg

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Sur le site « Le Monde.Fr » le 16 mars 2005, Stéphane DAVET signe un article qui a pour titre : « Jean Louis MURAT – Ma véritable ambition c’est l’écriture, pas le chant ». Il interroge MURAT sur « 1451″ … 

S.D.  : 1451 est le 1er ouvrage de poésie que vous publiez.

JLM : J’ai écrit ce poème de 1000 vers l’été dernier, tous les matins en essayant de ne pas basculer dans le chant. J’écris de la poésie depuis que je suis enfant. J’ai commencé à écrire pour draguer. Mon erreur a sans doute été ensuite de croire que la chanson était de la poésie chantée. Avec BERANGER j’ai compris que ce n’était pas le cas. Il refusait d’être appelé poète un peu comme GAINSBOURG, qui revendiquait la chanson comme « art mineur ». Quand CHATEAUBRIAND a proposé BERANGER  à l’Académie Française, celui-ci a refusé en disant : « Je ne suis pas poète, je suis chansonnier ».

Pour « Livres-hebdo » le 21 mars 2005 Jean-Claude PERRIER signe un papier qui aborde les projets d’édition de Jean-Louis MURAT. Dans un 1er temps il évoque l’exemple du CD « Madame DESHOULIERES » pour lequel la presse s’était enthousiasmé en raison de l’originalité du projet. Bilan final 45000 exemplaires vendus. Ce qui est un beau chiffre … pour un album dont le moins que l’on puisse dire est qu’il sort des sentiers battus.

Je laisse la parole à Jean-Claude PERRIER  qui, concernant le projet « 1451″ écrit :

« En 2003 Jean-Louis MURAT  a décidé d’aller plus loin et de créer sa propre maison, SCARLETT éditions, afin de faire quelque chose d’extrême (…) « des livres qui renouvellent le genre » Il a commencé par « Le dragon à 100 visages », un recueil d’autoportraits photographiques. (…) Plus ambitieux, il publie aujourd’hui « 1451″, fac-similé d’une poésie de 1000 vers, écrit, illustré, lu et joué par lui. Un CD et un DVD accompagnent le livre, un album format A4 à la présentation soignée ».

« Ce sont mes amis d’Allia, de vrais professionnels qui m’aident pour la conception graphique de mes livres … sinon je fais tout moi-même à la maison.  J’ai un seuil de rentabilité assez bas … chaque livre doit amortir le suivant. J’ai décidé de vendre « 1451″ à la sortie des concerts. Je fais des livres pour les fans, les happy few … » confie MURAT  au journaliste. Ce dernier poursuit : « On aurait tort de voir dans Scarlett éditions et 1451 un caprice de star. Jean Louis MURAT  qui ne hiérarchise pas les moyens d’expression, écrit tous les matins, très tôt de la poésie qui constitue de la matière première pour ses chansons » (…) MURAT reprend la parole : « J’écris beaucoup mais pour moi. En faire un livre serait de la dispersion. Et utiliser ma notoriété de chanteur pour vendre des bouquins, pas question ! » Et le journaliste de conclure : « MURAT devrait donc continuer à s’auto-éditer. Parviendra-t’il un jour à publier sa version de la prose du Transsibérien de CENDRARS, dit par Jean-Louis TRINTIGNANT et mis en musique par lui, qui dort depuis 10 ans dans les tiroirs de la maison de disques ? ».

Pour clore le sujet, je reprends in-extenso une chronique de Stéphane DESCHAMPS  parue le 23 mars 2005 dans les « Inrockuptibles » ayant pour seul et unique thème le recueil de poèmes « 1451″ :

« On dit parfois d’un père de famille nombreuse qu’il se reproduit comme un lapin. Depuis quelques années, Jean-Louis MURAT enchaîne les albums et les tournées, avec une vigueur de lapin chantant. Ces jours ci, il sort Mockba (…) et publie un poème de 1000 vers titré « 1451″, à la fois illustré, récité et mis en images. En image au singulier, parce que c’est un plan fixe et un projet vraiment singulier. La caméra filme l’aube dans la vallée d’Auvergne, le lent passage de la nuit au matin. Dans la pénombre apparaissent, passent et paissent quelques vaches paresseuses. Quand, subitement, un grand lapin blanc entre dans le champ. Il porte des lunettes de ski et fait bouger ses oreilles. On pense à la fois à Gummo et aux Télétubbies ces deux chefs-d’oeuvre de poésie contemporaine avac lapin. On pense aussi à Chantal GOYA à cause du matin et du lapin. On pense enfin à FAULKNER  et à John LEE HOOKER, pour cette façon purement sensuelle qu’a MURAT de confondre l’art et la nature. La lapin c’est sans doute MURAT lui même, déguisé mais pas dégrisé. En voix off, il ne clapit point mais se lance dans la récitation langoureuse de son poème de 1000 vers, comme s’il creusait un terrier dans un marécage. Dans la vie des gens normaux, la parole n’est souvent qu’un compromis entre la pensée et le chant. Jean-Louis MURAT  qui est différent, fait de la sculpture sur mots. Des mots il fait des mottes. Du verbe, de la glaise. MURAT dit des mots vieux et beaux, d’anciens mots de tous les jours qu’il fait vivre maintenant. Ses mots fondent, dégouttent, se désagrègent pour devenir chanson dans la dernière minute de ce film qui en dure une quarantaine. A la fin MURAT  enlève son déguisement, le soleil brûle l’écran, les oiseaux chantent aussi, les vaches n’ont pas peur. Nous, on se frotte les yeux. A cause du soleil et parce que tout ça ressemble idéalement au rêve qu’on aurait fait si on avait dormi dehors, si on était des vaches ». 

Pour effectuer des recherches sur MURAT, notamment dans la presse écrite force est de constater que les journalistes qui consacrent des articles à l’Auvergnat ont souvent du talent. C’est indéniablement le cas pour Stéphane DESCHAMPS. Merci à lui … ainsi qu’à ses confrères.

De ces 1000 vers je retire ceux-ci :

« Je ne supporte plus la folle ronde

Des insomniaques qui veulent rafistoler le monde

Le flot baveux de ces corneilles

Dieu m’en garde – comme d’un feu »

 Jean Louis MURAT  … notre lapin se veut moraliste et il est bien pessimiste … Au sortir de Mockba/1829/1451 … trois projets qui sont liés … je perçois combien MURAT n’est pas qu’un chanteur … poète de l’impossible … celui d’ouvrir les yeux de ses concitoyens …. dans une époque où tout n’est qu’esbrouffe et faux-semblants … Allez courage … Nous sommes le 3 janvier … nous reprenons tous « le cours ordinaire » … de nos vies.

 

 

***

Publié dans:Non classé |on 3 janvier, 2011 |5 Commentaires »

Jean Louis MURAT … « Pierre-Jean DE BERANGER … 1829″ … 2005 …

3 titres de BERANGER  sont inclus sur l’album » Moscou » ce n’est pas assez pour le prolixe MURAT qui adapte 12 textes du chansonnier pour nous donner à entendre … 1829 …

1829.jpg

  • CD Labels/Emi n° 47450129 – boîtier cristal – (date de sortie le 30 05 2005) – 11 titres

Tracklisting : 1 Liberté (2’16) – 2 Le cinq mai (3’48) – 3 Le mort vivant (2’52) – 4 Ma République (2’44) – 5 La chatte (1’52) – 6 Waterloo (2’41) – 7 La fortune (2’19) – 8 A ma filleule (1’55) – 9 Le peuple musulman (3’23) – 10 Les souvenirs du peuple – 11 La petite fée (4’04).

  • CD promo Labels/Emi n° 87383722 – pochette cartonnée – hors commerce – mêmes visuel et mêmes titres que sur le CD commerce.

  • Pas de single.

***

 

Sur le site de « Libération.Fr » le 14 mars 2005, sous la plume d’ Antoine de BAECQUE ont peut lire cet article fort intéressant qui nous explique le pourquoi et le comment de cet album hors norme :

« Allongé sur son lit défait, une guitare à portée de main, le prince Murat reçoit en chambre. Vingt-cinq nouvelles chansons, en deux albums, Moscou et 1829, dont quinze écrites par Pierre Jean Béranger il y a deux siècles. C’est du chansonnier le plus célèbre du XIXe, qui chanta les louanges de l’Empereur, de la femme et de la Liberté, que l’auteur de Lilith nous entretient.

A.D.B. : Béranger : une vieillerie pour profs d’histoire ?

JLM     : Il n’y a rien de plus révolutionnaire, de plus porteur ! Aujourd’hui, j’ai cherché aussi bien, je n’ai pas trouvé… J’avais fait la même chose avec Madame Deshoulières, il y a quelques années. Et je n’ai pas fini mes recherches : le Caveau de la République, les chansonniers de la fin du XVIIIe siècle. Je vais aux puces, je farfouille. Béranger, ce fut de la poésie interdite il y a deux siècles, c’est aujourd’hui de la poésie oubliée. Mais ça reste de la poésie : Hugo, Goethe, Stendhal, le considéraient comme un des plus grands, Chateaubriand lui a proposé l’Académie française. Il les a envoyés bouler. J’ai pris conscience de cette gloire en lisant Pouchkine qui, à la fin des années 1820, prédit que «le siècle sera celui de Béranger». J’ai retrouvé ses recueils de chansons, réédités par Perrotin jusque dans les années 1860, et j’ai puisé dedans.

A.D.B.  : Son rôle historique ?

JLM      : Il le dit lui-même : «J’ai épousé la fille de joie, la fille du peuple, pour la rendre digne des salons de l’aristocratie»… Béranger est celui qui fait d’un art mineur une fierté nationale, c’est le Gainsbourg du XIXe. Avant d’être l’un des hommes les plus aimés et célèbres de son temps, c’est un bohème, un dandy. Pour lui, l’aristocratie n’est pas un titre, ni une apparence, mais une élection de l’esprit. Et surtout un antidote contre la culture bourgeoise.

A.D.B.  : Il a aussi un rôle politique.

JLM      : Il représente un idéal d’autodidacte, admirablement porté : la liberté, ça s’apprend, ça se conquiert. Celui qui veut, peut : Béranger incarne cette possibilité de monter par la liberté, monter par les mots dans la société et dans la culture. Ça me touche, moi qui aurais dû être un ouvrier. Je peux comprendre Béranger, car je suis aussi une victoire de ce système républicain, qu’il a représenté et défendu. C’est le contraire d’aujourd’hui, les 35 heures par exemple. Le mec qui bosse trop, on le condamne. La République de Béranger, c’est celle du travail : il bosse fort et il chante cela.

A.D.B.    : C’est aussi un martyr…

JLM        : Ses chansons grivoises sont pourtant d’une gentillesse extrême. Mais la Bacchante, ça vaut trois mois de taule, c’est le tarif. Pourtant, c’est la prison qui le rend célèbre. La presse joue un grand rôle : elle publie les chansons interdites et en fait un héros. Les écrivains viennent alors à son secours ; des banquiers, comme Casimir Périer et Laffite, l’ont à la bonne. Mais il ne leur demande rien, pas un centime. Il refusera même le ministère de l’Education quand on le lui proposera en 1830. Il avait mis une condition à son acceptation, assez géniale : qu’on distribue ses chansons à toutes les jeunes filles de France. Seul un migraineux qui a pris la foudre peut avoir une idée comme ça ! Sa calvitie vient de la migraine. De ce côté-là, on ne se ressemble pas. Béranger n’a pas vraiment le look romantique, c’est un saint républicain.

A.D.B.   : Il est surtout connu pour avoir chanté la gloire de l’Empereur…

JLM       : Là-dessus, j’ai blindé l’affaire, et j’ai lu Furet : «La légende napoléonienne est la forme la plus simple et la plus populaire sous laquelle la Révolution continue de hanter le pays.» Je trouve ça juste : Béranger déteste le pouvoir, n’aime pas tant Napoléon lui-même, mais il a besoin d’une légende. C’est par sa légende que l’Empire devient la continuation de la Révolution de 1789, une planche pour passer le ruisseau des monarchies. Béranger déteste deux choses : l’alliance des rois et des curés d’une part, les nostalgiques de la Terreur d’autre part.

C’est un libertaire : les rois l’ennuient, les curés l’exaspèrent, les rêves de Terreur peuvent tuer son idéal. Et il a vécu dans la peur de l’invasion étrangère : il a vu les Cosaques camper rue de Rivoli… Napoléon représente pour lui le corps de la nation, c’est un rempart à sa peur. Tandis que le frangin, Lucien Bonaparte, le sort de la misère en lui donnant un salaire de l’Institut. Béranger est l’un des premiers poètes à vivre de sa plume.

A.D.B.    : Zélé napoléonien ?

JLM        : Je suis un Murat tout de même ! Un Murat du peuple. Donc un fan de l’épopée napoléonienne. Enfant, j’habitais à Murat(le Quaire), un piton rocheux du Massif central, je voulais être Murat ou rien, ce fils d’aubergiste, mauvais garçon, qui devient le prince de l’Empereur, et je me suis choisi son nom… Il finit bien, fusillé avec grandeur, rêvassant sur une image de Pauline. Au combat, c’était Keith Richards, Elton John et Marilyn réunis, chargeant suivi de vingt cantines de fringues. Il se changeait plusieurs fois par jour sur le champ de bataille. Un jour, les troupes russes l’ont applaudi…

A.D.B.     : Et la musique pour ces mots-là ?

JLM         : Des musicologues ont reconstitué les mélodies de Béranger, mais je n’ai pas écouté ça. Je le chante à l’instinct, comme si j’étais ébéniste : démonter une commode du XIXe pour savoir comment Béranger travaillait la langue; c’est de l’espionnage industriel. Ce qui m’intéresse, c’est le niveau de langue, et je vais le chanter comme si c’était de moi. Je ne vais pas faire de l’histoire de la chanson, c’est plutôt une lutte d’ego : le mien contre le sien ! Je me dis alors que je devrai être très populaire. Car on est proches, sur les thèmes et sur la langue. Cherchez l’erreur … Aujourd’hui, pour devenir populaire, il faut laisser de côté le meilleur de soi, alors que Béranger a rencontré le public avec le meilleur de lui-même.

A.D.B.     : Pourquoi ?

JLM         : Sans doute que l’Histoire s’est arrêtée. Du temps de Béranger, l’Histoire en marche chantait ses poèmes, alors que pour nous, il n’y a plus d’Histoire. Béranger chantait les oppositions entre Lamartine et Hugo, on va pas faire ça aujourd’hui sur Hollande et Emmanuelli ! Béranger nous dit pourquoi il est quasi impossible d’être un chanteur populaire travaillant en français aujourd’hui. Lui, il avait le corps de Napoléon comme corpus, nous, c’est fini… Le dernier corps, ce fut de Gaulle, et la dernière grande chanson populaire, c’est Sardou : Ne m’appelez plus jamais France… On vit dans une crise de l’Histoire qui a provoqué une catastrophe de la langue. »

 

***

 

Un article du « Monde » daté du 16 mars 2005 nous donne des informations complémentaires :

Question : De quand remonte votre rencontre avec l’oeuvre de ce chansonnier du 19ème siècle ?

JLM :  Il y a cinq ans, je suis tombé sur une lettre de POUCHKINE, qui à la fin des années 1820, s’étonnait de constater qu’en France la star des lettres était plus BERANGER  que Victor HUGO. J’ai plongé dans son oeuvre, sa biographie. Je lisais ses textes, une guitare à mes côtés, quand un truc m’inspirait, je composais. J’ai un côté prof frustré. Celà me plaît de faire découvrir celà aux gens, comme je l’avais fait avec Madame Deshoulières.

Question : Qu’est-ce qui vous touche chez Pierre Jean DE BERANGER  ?

JLM : Sa simplicité, son amour de la langue, sa volonté de ne pas être esclave de sa notoriété. Sa façon aussi de faire de la chanson populaire en fixant des idéaux républicains.

Question : Les deux thèmes principaux sont l’amour libertin et la politique. Vous même êtes souvent inspiré par le premier, moins par le second ?

JLM : En France la liberté d’expression me paraît moins garantie qu’en 1830, les mythes de la « bien-pensance » étaient moins nombreux au temps de BERANGER. Quand une chanson grivoise comme « La bacchante » l’envoie en prison, les journeaux de toute l’Europe reproduisent le texte de la chanson le jour du procès. Ses chansons politiques n’étaient pas incriminées. Aujourd’hui on peut se mettre à poil, mais bien d’autres sujets sont tabous. En entretien avec des journalistes, comme en chanson, je sais qu’il y a des thèmes que je ne peux pas aborder sous peine de me faire dézinguer par une censure sans visage« . 

 

***

 

Poète, chansonnier PJ DE BERANGER est connu pour ses citations …  En quelques mots les défauts de la Société, les travers de l’homme sont plantés – Voici quelques exemples découverts dans le Littré :

 

  • Trinquer est un plaisr fort sage Qu’aujourd’hui on traite d’abus.

 

  • Viens mon chien, viens ma pauvre bête, mange malgré mon désespoir.

 

  • D’un bout du monde à l’autre l’habit fait tout.

 

  • Où l’ambition règne, la gaieté perd son coin.

 

  • Des distances l’amour peut rire, l’amitié n’en supporte point.

 

***

Le 19 mars 2005 Murat déclare à Olivier HORNER pour le compte du journal suisse « Le Temps : « Béranger c’était l’essence de l’impertience et de ce que devait être la chanson Française. Ce n’est plus le cas ».

***

Ci joint un lien qui vous permettra de mieux découvrir ce poète chansonnier … j’ai nommé : Jean-Pierre DE BERANGER  … 

http://lhistgeobox.blogspot.com/2009/01/132-pierre-jean-brangerles-souvenirs-du.html

 

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Publié dans:Non classé |on 2 janvier, 2011 |5 Commentaires »

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