Archive pour le 13 décembre, 2010

Jean Louis MURAT … « Madame Deshoulières » … 2001 …

 MADAME2

Le 20 janvier 2001, bien avant la sortie de l’album, Véronique MORTAIGNE  nous parle avec délectation du couple Murat/HUPPERT et d’une certaine … gente dame …  J’ai nommé  Antoinette DESHOULIERES.

« Aventurier d’une certaine chanson Française, côtoyant le rock sans renoncer aux audaces de l’écriture, Jean Louis MURAT  avoue un vieux fond de « prof frustré ». Si ses disques ne contenaient jusque la que ses propres compositions, l’Auvergnat a souvent diffusé sur son site internet (www.jlm.com) ses adaptations de textes de MAUPASSANT, Louis CALAFERTE, Louise LABE ou Jean-Guy CADIOU. Après avoir mis en musique (sans les publier) douze textes d’une jeune poétesse Marseillaise, Isabelle LE DOEUF, Jean Louis MURAT  a adapté avec Isabelle HUPPERT des écrits d’une comtesse du XVIIème siècle, Antoinette DESHOULIERES, dont il avait acquis aux puces un recueil de poèmes depuis longtemps épuisé (bientôt réédité par les Cahiers Intempestifs de St Etienne).

 

Une formule : « Tous les hommes sont des trompeurs » précipite le coup de foudre de l’auteur compositeur interprète Auvergnat pour cette poétesse qu’il n’appelle plus qu’ »Antoinette ». Un album intitulé Madame Deshoulières devrait sortir en Mars, avec Isabelle HUPPERT  dans le rôle de la comtesse. Ce fou de rock américain ne voit aucune contradiction entre ses passions : »Il y avait une idée minable dans le rock qui prétendait que du passé, on devait faire table rase. Les ramifications de ce que j’aime dans le rock remontent jusqu’aux troubadours du Moyen Âge. J’ai toujours pensé que mon job tenait plus du culturel que du divertissement. Sans pour autant que mes disques ressemblent au Lagarde et Michard ».

Pour les « Inrocks » (n° 283) du 27 mars 2001 Arnaud VIVIANT  écrit en préambule de son article : « Voici un disque qui ne devrait pas déchirer les hits-parades ». Puis il poursuit une interview croisée entre le chanteur et « son égérie » :

A.V.  : Pourquoi Isabelle HUPPERT ?

JLM : En fait, je ne me suis pas posé la question. On se connaissait un peu, on avait déjà bossé ensemble. Tu n’écoutes pas ce que je dis Isabelle, mais tu représentes une sorte d’éternel féminin, de femme française, par ton caractère et ta personnalité, mais aussi par ta filmographie » …

A.V.  : Chanter les poètes est, de BRASSENS à FERRE en passant par GAINSBOURG  et FERRAT, une tradition de la chanson française. Tu n’étais pas encore inscrit dans cette tradition, si l’on excepte la chanson « réversibilité » adaptée de BEAUDELAIRE, sur ton dernier album, pourquoi ?

JLM : Là, tu tapes dans le mille ! Moi, j’ai mené deux projets en parallèle, mais évidemment ça n’intéresse pas Virgin. Souvent, après les concerts, on vient me donner des trucs, des recueils. Et une fois, à Marseille, une nana d’une trentaine d’années m’apporte un recueil de poésies. Elle s’appelle Isabelle LEDOEUF. Elle est inconnue, publiée à 100 exemplaires, et j’ai mis douze de ses textes en musique. La semaine dernière je lui ai d’ailleurs envoyé un CD qui est terminé. Je voulais d’un côté faire un disque avec une inconnue de 30 ans, divorcée avec des enfants, qui vit à Marseille, qui bosse, qui galère, et de l’autre côté faire un disque avec Antoinette. La rencontre des deux m’intéressait. Seulement voilà, Virgin trouve ça dingue et l’autre disque reste dans un tiroir. Le plus drôle c’est que le recueil d’Isabelle LEDOEUF s’intitule « Fou d’amour » et que son sous-titre est : « Échec au roi ». Ça ne pouvait pas mieux coller avec Antoinette.

A.V.  : A quoi ressemble la poésie de cette jeune Marseillaise ?

JLM : C’est la poésie de quelqu’un de très simple, qui aime la poésie comme les gens simples aiment la poésie. Ce n’est pas de la recherche mais de la poésie éternelle, intemporelle ; une espèce de ronronnement intérieur qui s’articule rythmiquement sur quelque chose de poétique. En même temps c’est le coeur et l’âme d’une femme de maintenant qui écrit de la poésie simple, la poésie de quelqu’un qui aime VICTOR-HUGO ou ELUARD. C’est un peu sexuel aussi. Il y a un texte qui s’appelle « La goutte blanche », par exemple. J’ai travaillé sur ces deux disques tout en faisant la tournée. J’ai fait 90 concerts sans avoir le temps de m’ »investir sur des chansons à moi. Du coup, je me suis déchargé du poids des textes en travaillant sur ces deux choses, ce qui m’a permis de me recentrer. Avec ces textes,je retombais sur mes pattes, sur mon boulot. Parce qu’on peut dire ce qu’on veut, la chanson française, c’est de la poésie mise en musique ».

 

***

 

Mais qui est donc cette fameuse Antoinette DESHOULIERES  ??? Elle est née DU LIGIER DE LA GARDE  le 1er Janvier 1638. Le site Wikpédia nous donne un résume le personnage : « Belle et instruite, Antoinette DES HOULIERES  sait le latin, l’espagnol et l’italien quand elle épouse en 1651 Guillaume DE FAFON DE BOISGUERIN  seigneur des HOULIERES, officier distingué qui avait la fortune du grand CONDE et qui mourut en 1693, la laissant sans fortune. A partir de 1657 elle fréquente les salons littéraires du Marais et vit une vie de femme libre. Elle rencontre Madame De Scudery et Madame De Sévigné. Ses premiers poèmes datent de 1672. Elle était liée à Pierre et Thomas CORNEILLE. Ses contemporains la surnommère : »la 10ème muse ». Elle est la première femme académicienne. Elle meut d’un cancer en 1694″.

Pour être complet et tenter de mieux vous éclairer sur ces … « Précieuses » … que MOLIERE  surnomma … « Ridicules » … je joins ce lien :

http://www.lamesure.org/article-15465012.html

 

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Ce disque bénéficie d’une production … disons « raffinée » … un peu à l’image du personnage qui l’a inspiré.

  • CD Labels/Virgin n° 8100232 – boîtier cristal – 17 titres
  • CD promo – hors commerce – offert aux lecteurs du magazine « Lire » (1000 exemplaires) comportant 6 titres – pochette cartonnée – Labels/Virgin visa n° 6486.
  • CD promo 17 titres – pochette cartonnée (visuel différent) du CD commerce – pochette cartonnée – visa n° 6370.

 

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… Madame DESHOULIERES …

(Extraits)

 

« Tous les hommes sont des menteurs  » …

 

… Soyez inexorable …

« Soyez inexorable

L’amour est inévitable

Un amant  bien aimé se rend insupportable

Il néglige l’objet dont son coeur est charmé

Un amant sur d’être aimé

Cesse toujours d’être aimable »

 

Au bout du compte … nous sommes en 2010  et  … rien n’a changé !

 

***

Voici ce que j’ai découvert en ce jour sur le défunt site de JLM …

 

Lettre de Jean-Louis MURAT nous présentant sa découverte « Madame Antoinette DESHOULIERES »

 Antoinette aimée,

Automne 1992. Clermont-Ferrand. Place du 1er Mai, aux Puces,
je trouvais une édition de vos oeuvres publiées en 1745 à Bruxelles.
Sûr de mon choix, pudique, je feuilletais à peine. Vous souvenez-vous?
Qu’avez-vous chuchoté à mon oreille Antoinette?
Le vent était glacial.
- « Trois cent cinquante francs les deux volumes ».
- « D’accord, j’achète ».

Je courais nous enfermer dans ma voiture japonaise.
Je vous trouvais à mon goût. Belle, pimbêche, dévergondée.
Quelques semaines plus tard, amusé par celle qui parle,
je tombais amoureux de celle qui se tait (classique).
Sexuellement troublé.

Puis un soir, je vous aperçus « triste dans votre costume de rose ».
Un secret.
Quel secret, Antoinette?

Ah! Vous écrivez comme chacun, pour vivre quelques instants de plus!
Ah! Vous demandez à vivre plus que ça!

Alors, Antoinette je vous tiens.

J’ai mis en musique quelques-uns de vos poèmes,
j’ai demandé à Isabelle Huppert – sur votre suggestion -
de vous incarner.

Ephémère résurrection (chose faite).
Rendez-vous dans l’oubli.

Je vous embrasse,
JLM

 ***

 

Suit un résumé de la vie de la vie et de l’oeuvre de la belle …

 

L’enfance de la jeune Antoinette:

 Antoinette, fille de Melchior du Ligier, seigneur de la Garde, chevalier des ordres du roi, et de Claude Gaultier, vit le jour le 1er janvier 1638. Elle eut deux frères : Mr de Fontaine et l’abbé de la Garde.

 

Mademoiselle Du Ligier de la Garde, douée d’une vive intelligence, reçut une brillante instruction : elle apprit le latin, l’italien, l’espagnol et se familiarisa avec les grands auteurs dans ces trois langues. Au point de vue physique, elle était également favorisée : « la nature avait pris plaisir à rassembler chez elle les agréments du corps et de l’esprit à un point qu’il est rare de rencontrer : beauté peu commune, taille au-dessus de la moyenne, maintien naturel, manières nobles et prévenantes ; quelquefois elle montrait un enjouement plein de vivacité, quelquefois du penchant à cette mélancolie douce qui n’est pas ennemie des plaisirs ; elle dansait avec justesse, montait bien à cheval et ne faisait rien qu’avec grâce. » (extrait deL’éloge historique écrit par B.de Chambors).

 

A treize ans et demi, elle est mariée à un gentilhomme poitevin, Guillaume de la Fon de Bois Guérin, seigneur Des Houlières, de la suite du prince de Condé, lieutenant-colonel de son régiment. Avant de repartir se battre en Picardie et en Lorraine contre l’armée espagnole, Deshoulières la présenta à ses amis de l’Hôtel de Condé, où il résidait ; mais il laissa sa très jeune femme demeurer chez ses parents quelques années.

 

Antoinette profita de l’absence de son mari et de son oisiveté pour s’instruire. Elle eut quelques amitiés sérieuses avec des gens de Lettres ; le charme qui se dégageait de sa personne avait séduit plusieurs des hôtes de l’Hôtel de Condé, qui prirent bientôt le chemin de son logis de la rue Saint-Honoré. Au premier rang d’entre eux se trouvait le poète Jean Dehénault (ou Hénault), dont elle admirait les vers et qui lui enseigna son art. Elle reçut aussi les visites des libres penseurs Des Barreaux et Saint-Pavin. Après les langues étrangères et la poésie, elle s’interessa à la philosophie et étudia particulièrement les ouvrages de Gassendi.

 

Prisonnière sous la Fronde

 Deshoulières fut nommé en 1653 major de la place de Rocroi, prise par le prince de Condé, frondeur alors en exil, au nom du roi d’Espagne. Il pressa sa femme de venir le rejoindre ; elle y séjourna près de deux années et résida ensuite à Bruxelles. Sa connaissance des langues italienne et espagnole, sa beauté et son esprit, l’estime qu’on témoignait à son mari, la firent compter au nombre des personnes de marque auxquelles don Luis de Benavidès et sa femme, la marquise de Caracène, faisaient les honneurs de leur somptueux hôtel, lieu de réunion de la meilleure compagnie. Le succès de madame Deshoulières y fut si grand que Condé prit rang parmi ses soupirants.

 A Rocroi, elle mit au monde en mai 1656 une première fille, Antoinette-Thérèse, dite plus tard mademoiselle Deshoulières, le seul de ses enfants appelé à lui survivre. Sous l’influence de son père, Melchior du Ligier, soucieux de voir son gendre bénéficier de l’amnistie promise à tous les officiers ayant pris part à la Fronde qui rentreraient dans leur devoir, Antoinette tenta de rallier son mari au parti de la Cour et de lui faire remettre la place de Rocroi dans les mains de la couronne française. En dépit de ses efforts pour tromper la vigilance de Condé, celui-ci fut informé du complot, et notamment de ses rendez-vous secrets avec De Bar, gouverneur d’Amiens, très apprécié de la Reine Mère et de Mazarin. Condé fit arrêter et juger pour trahison le major Deshoulières. Leurs papiers saisis, leurs meubles forcés, ses lettres lues lors d’un long procès, Antoinette fut déclarée complice et emprisonnée dans la forteresse de Vilvorde en Belgique, comme son mari, avec l’interdiction de le voir. Quelques mois plus tard avec l’aide du lieutenant-colonel C.P. Comte en charge de cette Bastille, il s’évadèrent et réussirent à gagner la France, poursuivis par les hommes de Condé.

 La grâce de Louis XIV

 Arrivés en France, Le Tellier, secrétaire d’Etat à la Guerre, les présenta au jeune roi, à Anne d’Autriche et à Mazarin. Deshoulières rentré en grâce, Louis XIV le nomma gouverneur de Cette (Sète). Madame Deshoulières ne suivit pas son mari, elle usa de la liberté qu’il lui laissait pour tenir bureau d’esprit. Sa maison devint le rendez-vous de lettrés comme Pellisson, Conrart, Lignières, etc., de seigneurs taquinant la Muse, comme le comte de Saint-Aignan, Des Barreaux et Saint-Pavin, … En peu de temps, madame Deshoulières joua un rôle actif dans la société du temps.

Cependant leurs biens avaient été saisis pendant la Fronde et ils restèrent définitivement ruinés. A la mort de son père en 1658, Antoinette dû demander la séparation des biens et son mari lui abandonna tout ce qui lui appartenait en propre. Madame D. garda toujours une certaine amertume face à cette injustice, les hommes au service des princes frondeurs furent ruinés alors que les Princes, grâciés, ne connurent pas ces mêmes difficultés.Elle eut une seconde fille en 1659, Antoinette-Claude. Dès qu’il le pouvait, Deshoulières rejoignait sa femme à Paris mais il était plus souvent absent et participa à des combats meurtriers avec la flotte commandée du duc de Beaufort avant d’être mis au service de Vauban, chargé de doter la France d’une ceinture de places fortes. Leur fils, Jean Alexandre, troisième et dernier enfant naquit le 25 novembre 1666. Après les sièges de Charleroi, Tournai, Lille, Deshoulières fut nommé en décembre 1668 lieutenant de la ville et de la citadelle de Dourlens, où Antoinette lui conduisit ses enfants. Puis, pendant plus de dix ans, il s’occupa des fortifications de Guyenne à Bayonne, ainsi coupé par la distance de sa famille.

 La Précieuse, Dioclée :

Antoinette, dans son salon, subit les assauts de nombreux prétendants : Lignières, le prince de Condé, dit « le Grand Condé » – toujours sous le charme, qui chargea le chevalier deGrammont de lui déclarer sa flamme -, Brienne (ex-secrétaire d’Etat, tombé en disgrâce en 1662), etc. Elle s’adonna à la mode des portraits et aux distractions mondaines. En 1661, lorsque Somaize publie son « Dictionnaire des Précieuses », Madame Deshoulières y figure en bonne place, sous le nom de Dioclée. Remarquée par ses petites pièces de poésie, entourée d’hommages, elle est également citée par Jean de la Forge dans le « Cercle des Femmes savantes » (1663) sous le nom de Hésione. Ne cherchant pas d’autre reconnaissance que celle de ses amis, elle ne tenait pas être publiée, seulement deux de ses pièces furent imprimées dans le Mercure Galant de 1672.
Cette même année, Antoinette Deshoulières entreprit un long voyage pour rendre visite à des amis dans le Forez et à Lyon. Puis, elle s’arrêta dans la maison de la Charce près de Nyons, où elle séjourna presque trois ans. Elle en profita pour faire quelques excursions dans le sud de la France, notamment en 1673 à la Fontaine de Vaucluse pour rendre hommage à Pétrarque.

 Poète et femme savante :

 La renommée de Madame Deshoulières grandit en son absence. De retour à Paris, elle reforma salon, rue de l’Homme Armé dans le Marais ; on y rencontre alors les grands seigneurs cultivant et protégeant les lettres : le duc de La Rochefoucault, le duc de Montausier, le duc de Saint-Aignan, les maréchaux de Vivone et de Vauban, le duc de Nevers, le comte de Bussy-Rabutin, le Pelletier de Souzi, … des prélats, Fléchier, Mascaron , et l’élite des écrivains : les deux Corneille, La Fontaine, Charpentier, Benserade, Ch. et Cl. Perrault, Pellisson, Conrart, Quinault, Ménage, etc. 

 Proche de Corneille, qu’elle admirait, et amie de la duchesse Anne Mancini, nièce de Mazarin, et de son frère le duc de Nevers, Antoinette s’associa activement au projet de faire tomber la « Phèdre » de Racine en lui opposant celle de Pradon. Le soutien à Corneille, son sonnet contre la Phèdre de Racine, lui valut l’inimitié de celui-ci et de son grand ami Boileau. Elle prit aussi partie (comme Perrault et Fontenelle) pour les Modernes dans la fameuse querelle des Anciens et des Modernes, se rejouit de la victoire du français sur le latin pour les inscriptions de la galerie des Glaces de Versailles.
Le nouveau Mercure Galant de 1677 publia de madame Deshoulières les idylles des « Moutons » et des « Fleurs », imprégnées des idées de Des Barreaux contre la Raison et sur la Mort. En 1678, elle sollicita et obtint, sans l’utiliser, un privilège pour la publication de ses oeuvres. Elle travaillait alors à sa première tragédie de « Genséric », qui fut représentée au théâtre de l’Hôtel de Bourgogne le 20 janvier 1680. Mauvaise tragédienne, elle renonça à son projet de seconde tragédie sur Jules-Antoine, dont il ne subsiste que des fragments.


Malheur et reconnaissance :

Les académies récemment créées n’acceptaient pas encore la nomination des femmes à l’exception de quelques académies de province et d’Italie. Ainsi Madame Deshoulières fut nommée en 1684 membre de l’Académie des Ricovrati de Padoue, et de l’Académie d’Arles en 1689. Son admission fut évoquée à l’Académie d’Aubignac par son fondateur mais trop tard car elle fut dissoute après la mort de l’abbé (qui écrivait à une amie, « on n’oubliait pas Madame Deshoulières : vous en avez ouï parler, Madame, car son mérite la fait connaître partout »). Sa fille reçut le prix du concours de poésie de l’Académie Française en 1687.
A partir de 1682, Madame D. eut aussi le bonheur de revoir son mari, envoyé dans les villes de Flandres ; bonheur de courte durée car il meurt le 3 janvier 1693, ne laissant que de très faibles ressources aux enfants, qui y renoncent au profit de leur mère, gravement malade. Quelques jours plus tard, Louis XIV accorda à Antoinette D. une pension de 1000, puis 2000 livres.

 En novembre 1693, mademoiselle Sophie Chéron, peintre et poète, fit son portrait (qui a disparu depuis mais dont elle parle dans ses Réflexions Morales). Il ne portait nulle trace d’une déchéance physique; elle souffrait pourtant cruellement d’ un cancer du sein. Elle en mourut à cinquante-six ans, le 17 février 1694. Son corps fut inhumé dans l’église Saint-Roch à Paris.

 La disparition de Madame Deshoulières ne passa pas inaperçue, la manifestation la plus éclatante est celle de mademoiselle Lhéritier, qui composa une plaquette, dédiée à mademoiselle de Scudéry, sous le titre : « Madame Deshoulières reçue dixième muse au Parnasse ». Consécration suprême, elle figure dans le panthéon de Titon de Thillet, qui regroupa dans son « Parnasse Français » (1708-1718) les plus grandes gloires autour de Louis XIV, dans lesquelles on reconnait Corneille, Molière, Racine, Lully, La Fontaine et Boileau ; et pour les femmes, Mme de la Suze, Mme des Houlières et Melle de Scudéry. Faisant suite au premier tome de ses oeuvres publié en 1688, sa fille donna le second dans l’année qui suivit sa mort, en 1695, en y insérant quelques uns de ses vers. Les rééditions furent très nombreuses au XVIIIe et se multiplièrent début XIXe, puis elle sombra dans l’oubli.

 

 ***

  

La libertine érudite ...

 

« Non , mais un esprit d’équité A combattre le faux incessamment m’attache, et fait qu’à tout hasard j’écris ce que m’arrache La forcede la vérité « 
Mme D.

 La femme savante :

 Si Madame Deshoulières figure en bonne place dans le Dictionnaire des Précieuses, elle fut également considérée par ses contemporains comme femme savante (elle est admise à l’Académie de Ricovrati de Padoue en 1684 et d’Arles en 1687). Elle connaissait « la langue des Sciences » et avait « lu tous les bons livres qui sont écrits en celle-là, aussi bien que les Espagnols, les Italiens, et les Français » (portrait de Gramont) ;
mais c’est pour l’originalité de sa pensée qu’elle fut étudiée et reconnue au XVIIIe siècle comme « un esprit fort ». Se distinguant du courant de pensée dominant, ne cachant pas son penchant pour la philosophie de Gassendi et ses amitiés pour les libertins (Dehénault, Saint-Pavin ou Des Barreaux) ; elle dénonce la souverainté de la raison et revient sans cesse sur le néant qui attend l’homme après sa mort. Elle ira même à la fin de sa vie, dans ses 
Réflexions Morales, juqu’à critiquer l’héroïsme féodal et monarchique, annonçant en cela les libertins de la Régence, Chaulieu, Fontenelle et Voltaire.

 « Elle semble plus moraliste qu’il ne convient à une bergère; il y a des pensées sous ses rubans et ses fleurs. Elle est digne contemporain de La Rochefoucault; on s’aperçoit qu’elle savait le fond des choses de la vie, qu’elle avait un esprit très ami du vrai, du positif même ; (…) «  Sainte-Beuve.

 Les libertins du XVIIe siècle :

 « Le XVIIe siècle a confondu sous le même nom de libertins des hommes d’actions et de pensée les plus différents. Quoi de commun apparemment entre la jeunesse dorée qui scandalisa Paris au début du siècle par ses débauches et ses blasphèmes, et les graves érudits qui se réunissaient pour discuter entre eux de l’origine des religions et de leur influence sur les régimes politiques? C’est que les uns et les autres étaient en rebellion contre les progrès d’une orthodoxie de plus en plus étouffante et d’un conformisme moral et religieux, qui tolérait de moins en moins l’indépendance de la pensée et des moeurs. Le libertinage érudit fut la caution du libertinage moral, et ce dernier contribua à répandre des conceptions nouvelles. Il ne faut pas envisager le libertinage du XVIIe siècle comme un mouvement marginal de vie ou de doctrine, mais comme la source de la morale et des idées du siècle suivant. (…) Aux environs de 1620, le libertinage devient un entraînement qui gagne une bonne partie de la noblesse parisienne. Révolte contre la religion et licence des moeurs sont inséparables : on se réunit dans des cabarets pour chanter des couplets blasphématoires, parfois très critiques comme celui ci-contre. 

L’époque n’est pas à la publication de telles idées, et les libertins se retrouvaient entre eux, formant des sortes de sociétés secrètes. (…) Le chef du courant libertin était le poète Théophile de Viau, un des responsables de la publication du « Parnasse Satyrique » – dont Madame Deshoulières fit la lecture-. Il fut arrêté en 1623, accusé d’enseigner « qu’il ne faut recognoistre autre Dieu que la nature, à laquelle il se fault abandonner entièrement et oubliant le Christianisme, la suivre tout comme une beste ». Suivre la nature était bien, en effet, l’essentiel de la morale de ces premiers libertins. Finalement Théophile de Viau fut relâché en 1625. Son procès, le rétablissement du pouvoir royal, le renouveau catholique, devaient contraindre le libertinage à plus de discrétion. Il subsista pourtant dans l’entourage de Gaston d’Orléans et réapparut avec son caractère de provocation à l’époque de la Fronde. (…) A partir du règne de Louis XIV, l’impiété et le scandale des moeurs ne se manifestent plus avec le même éclat que précédemment. Pourtant, sans aucun doute, le libertinage s’est poursuivi, les libertins sacrifiant simplement aux exigences extérieures d’un pays où le catholicisme était religion d’État. » ; explique Jean Dérens dans l’Histoire de la vie française, vol. IV. 

  La disciple de Gassendi :

 Après avoir été initiée à la poésie par son maître Dehénault, la jeune Deshoulières s’intéresse à la philosophie et plutôt que d’étudier Descartes, dont les travaux font grand bruit et commencent à être publiés, elle s’intéresse à ceux de Gassendi.

Pierre Gassendi (1592-1655), maître de « l’académie putéane », réunion de savants libres penseurs, qui se retrouvaient chez les frères Dupuy au début du siècle, il enseignait dans la méfiance des raisonnements ambitieux et des constructions systématiques – se montrant en cela « rationaliste » comme Descartes-, en n’admettant pour seule méthode que l’expérience organisée. Il refusait la distinction cartésienne de l’âme et du corps, la thèse des idées innées, la conception d’une raison séparée des sensations. En cela Gassendi se situe dans le courant empiriste et scientifique, qui, par l’intermédiaire de Fontenelle, aura tant d’influence au XVIIIe siècle. Il est l’auteur de Dissertation en forme de paradoxe contre les aristotéliciens, 1624 et des Recherches métaphysiques, ou Doutes et instances contre la métaphysique, 1644.

Cyrano de Bergerac fut un des disciples les plus audacieux de Gassendi. Il reprit et developpa la théorie de l’atomisme (doctrine philosophique de certains penseurs grecs, dont Lucrèce et Epicure, qui considèrent l’univers comme formé d’atomes associés en combinaison fortuite) et en tira pour conséquence -contrairement à Gassendi, atomiste resté croyant- le matérialisme le plus déterminé. Pour lui, l’homme est un animal comme les autres, l’immortalité est une chimère, toutes les religions sont des impostures qui servent à courber les peuples sous l’autorité des législateurs.

 Un esprit fort en marge de la pensée religieuse :

 « ote-moi cet esprit dont ma foi se défie! » Mme D.

 Point commun avec le premier courant libertin de Théophile de Viau, les libertins du mouvement de Gassendi s’employèrent également à critiquer les dogmes et la religion. La critique des preuves positives et historiques du christianisme se développa au cours du siècle avec Hobbes, Locke et Bayle, Bayle qui disait de Mme Deshoulières

« ce n’est pas qu’on puisse cacher beaucoup de libertinage sous les privilèges de la versification ».

Certains de ses contemporains lui reprochèrent son irreligiosité : l’abbé de Saint- Pierre disait d’elle : « elle ne croyait pas à l’immortalité et avait la réputation flétrie parmi les personnes les plus sages et les plus sensées ».

Madame Deshoulières ne pouvait pas se permettre, dans sa situation de dépendance avec la cour (elle était pensionnée du roi), de critiquer ouvertement le christianisme mais ne cacha pas sa conception de la mort, comme retour au néant, et de la vie comme sortant du néant par hasard. Position on ne peut plus orginale à cette époque du renouveau du catholicisme.

« Courez, Ruisseau, courez fuyez-nous, reportez Vos ondes dans le sein des mers dont vous sortez ; Tandis que, pour remplir la dure destinée ….Où nous sommes assujettis, Nous irons reporter la vie infortunée, Dans le sein du néant d’où nous sommes sortis! » 

Son idylle « Des Fleurs », sur la mort, expose que la mort est la destruction définitive et totale ; l’homme n’est pas supérieur au reste de la nature mais il est plus maheureux car il a la conscience de sa fin certaine ; les fleurs, elles, ne savent pas qu’elles meurent. Et c’est parce que l’homme a reçu le don fatal de la Raison que ses plaisirs en sont gâtés, que l’Amour n’est plus que jalousie et inquiétude. Antoine Adam dans sa précieuse étude sur « Les libertins au XVIIe siècle », souligne ce point commun aux libertins de la deuxième moitié du siècle, Théophile de Viau, Chaulieu ou Des Barreaux mais distingue une particularité dans la pensée de Madame Deshoulières, qui prend « l’aspect d’un véritable quiétisme ». « Ses poésies nous invitaient à éteindre en nous le désir et la pensée, à demeurer dans un état de passivité heureuse. Elles recommandaient l’ignorance de l’esprit et le silence des passions. Elles évoquaient un monde antérieur au péché, où règnait une innocence sans lutte et sans effort. La chimère de l’âge d’or était, chez Mme Deshoulières, le dernier mot de la pensée libertine. » 

.… »Homme, vante moins ta raison ; Vois l’inutilité de ce présent céleste Pour qui tu dois, dit-on, mépriser tout le reste. Aussi faible que toi, dans ta jeune saison, Elle est chancelante, imbécile. Dans l’âge où tout appelle à des plaisirs divers, Vils esclave des sens, elle t’est inutile, Quand le sort t’a laissé compter cinquante hivers, Elle n’est qu’en chagrins fertile, Et quand tu vieillis, tu la perds. » 

F. Lachèvre, dans l’incontournable chapitre consacré à Mme Deshoulières de son ouvrage sur « Les Derniers libertins », suppose qu’elle refusa de faire baptiser son fils, décision alors très subversive. D’autres biographes avancent la thèse que M.Deshoulières était protestant et qu’il était d’usage que le fils suive la religion de son père et les filles celle de leur mère. Elle prit partie de le faire baptiser beaucoup plus tard probablement par crainte, l’année de l’arrêt de Louis XIV sur la reconversion « obligatoire » des protestants. Accablée par la maladie, la mort de son mari et de son maître Dehénault, ou souhaitant protéger ses enfants ; elle se montra sincèrement croyante vers la fin de sa vie et écrivit une ode chrétienne en 1686.

« Humble dans mes tristes accents, Je ne viens point à toi sur de fausses maximes, Excuser mes erreurs, ni rejeter mes crimes Sur la faiblesse humaine et le pouvoir des sens. Mon coeur est pénétré d’un remords véritable, Je m’avoue à tes yeux infiniment coupable.(…) » « Il faut pour en avoir, ramper comme un ….. lézard : Pour les plus grands défauts c’est un excellent ….. fard ; Il peut, en un moment, illustrer la ….. canaille. ….Il donne de l’esprit au plus lourd….. animal; Il peut forcer un mur, gagner une ….. bataille : Mais il ne fit jamais tant bien que de ….. mal. » 

Ce Sonnet en bouts rimés sur l’or (1667) est une des illustrations de sa critique des travers du temps, qui deviendra encore plus acerbe à la fin de sa vie. Elle ne cesse de dénoncer la vanité, la recherche de la gloire, qui caractérise alors la noblesse et la moyenne bourgeoisie naissante, imitant le « Roi Soleil « …

.
A quel dessein, dans quelles vues, tant d’obélisques, de portraits, D’Arcs, de Médailles, de Statues, De villes, de Tombeaux, de Temples, de Palais, par leur ordre ont-ils été faits? D’où vient que pour avoir un grand nom dans l’Histoire Ils ont à pleines mains répandu les bienfaits? Si ce n’est dans l’espoir de leur rendre leur mémoire Illustre et durable à jamais. «  

Elle écrit ceci dans ses Réflexions Morales en 1693 ; « comment ne pas penser à Louis XIV dont la folie des grandeurs, la construction de Versailles, coûte fort cher à la France »…
Véritable critique de la société ou plutôt d’une tradition épicurienne pessimiste, Madame Deshoulières fut sans nul doute l’un des esprits fort de son temps.
Elle est saluée par
Voltaire dans son « Temple du Goût », fut plusieurs fois rééditée au XVIIIe siècle et remarquée début XIXe par Sainte-Beuve dans ses Portraits de Femmes
….

 

***

 

Je suis assez fier de vous avoir découvert Madame DESHOULIERES cachée dans les limbes d’Internet … 

 

 

 

 

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Publié dans:Non classé |on 13 décembre, 2010 |2 Commentaires »

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