- 17 bis – Voyage au pays de Jean-Louis MURAT … en chansons et en images … 6ème partie …

 En décembre 2014, faisant suite à la sortie du double album « Babel », MURAT se confie dans les colonnes du magazine « KRO ». L’essentiel de ce dialogue porte sur l’Auvergne. Au fil de l’interview je retiens cette question : « Quels sont tes coins préférés en Auvergne ? ». La réponse du berger de Chamablanc fuse : « Moi je suis très Puy de Dôme du Sud, Cantal. Entre  le Sancy et le Plomb du Cantal, COMPAINS, les foires de BRION. C’est cette région que j’aime et que je chante. Je suis de là-bas. C’est assez désertique, difficile en hiver, en effet, mais j’aime beaucoup ». 

Pour évoquer le Sancy j’ai choisi un poète Auvergnat peu connu soit Gabriel MARC  (1840 – 1931)  né à Lezoux (Puy de Dôme) ami personnel de Théophile GAUTIER qui nous conte la montagne du « Sancy » en ces termes : 

« Tu portes radieux dans l’azur, ô Sancy!
Ta cime dominant les cimes des Monts-Dore,
Où quelques points de neige étincellent, encore;
Et le soleil joyeux luit dans l’air adouci ».

« Comme un front rayonnant que voile un noir souci,
Soudain le ciel se ride et puis se décolore.
L’éclair brille suivi d’un grondement sonore.
Tout devient sombre et noir sous le ciel obscurci ».

« Mais toi, Sancy, debout au-dessus des vallées,
Des torrents, des grands lacs, des roches désolées,
Tu te dresses toujours majestueusement, »

« Insensible aux fureurs de la foudre qui roule
Avec un formidable et sourd rugissement.
Tel le front du poète au-dessus de la foule ».

Gabriel MARC a également chanté « La Dore » de fort belle façon, je ne résiste donc pas au plaisir de vous donner à lire ce poème …

« A travers la plaine charmée,
Tu scintilles et rien d’impur
Ne trouble, Dore bien-aimée,
Tes flots d’azur ».

« Comme une amante gracieuse
Qui déroule ses cheveux blonds,
Tu caresses voluptueuse
Le pied des monts ».

« Sur le sable fin de tes rives
Les troupeaux viennent au matin
Et, dans les prés que tu ravives,
Broutent le thym ».

« Le genêt d’or et la bruyère
Forment des festons sur tes bords.
Que de fleurs, ô blanche rivière,
Et que d’accords! »

« Qui chantera tes paysages,
Tes grands peupliers frémissants,
Tes coteaux couverts de feuillages
Eblouissants; »

« Tes montagnes aux cimes blanches,
Thiers se cramponnant au rocher,
Lezoux, nid perdu sous les branches
Et son clocher? »

« Pour moi, si j’ai fait dès l’aurore
Ma gerbe autour de mon berceau.
Si maintenant je chante encore
Comme un oiseau; »

« Si j’ai pénétré le mystère
Des ondes, des monts et des bois,
Dore limpide et solitaire,
Je te le dois. »

« Aussi ton nom, dans mon poème,
Semble un accord fait pôur charmer
Et je voudrais comme je t’aime
Te faire aimer. »

Le poète Auvergnat nous conte aussi : « La fenaison »

« La bonne odeur des foins flotte sur les prairies.
Dans les tas d’herbe verte et de plantes fleuries,
Les faneuses, plantant la fourche ou le rateau,
Travaillent sans relâche au versant, du coteau.
Là-bas les paysans chargent sur la barcelle
Le foin qui peu à peu se tasse et s’amoncelle.
Ils regardent le ciel tout noir à l’horizon
Et, sans perdre un instant, rentrent à la maison,
Pour mettre l’herbe sèche à l’abri de l’orage.
La bonne odeur du foin embaume le village! »

Mais également : « Le retour du marché » …

« On revient du marché, par le sentier pierreux,
Pendant que le soleil à l’horizon se couche,
Dorant de ses rayons les ravins ténébreux
Et le pic de Sancy, qui se dresse farouche ».

« La fermière, en avant, monte à califourchon
Le cheval qui s’en va le long des précipices.
Elle a vendu son lard, son beurre et son cochon
Et rapporte un ballot de laines et d’épices ».

« Aussi, se rengorgeant, son parapluie en main,
Elle fait maints projets, la joyeuse fermière.
Et le petit cheval suit d’instinct son chemin.
Quant à son homme, il vient, comme il peut, par derrière, »

« Il est heureux aussi d’avoir vendu ses veaux.
L’argent dans son gousset tinte. Le voilà riche;
Et, dans son sac, il porte, à travers monts et vaux,
Pour les petits, du sucre et de la bonne miche ».

L’église St Pierre de LEZOUX …

Eglise_Saint_Pierre_Lezoux

***

Plomb du Cantal culmine à  1855 mètres d’altitude, il s’agit du point le plus haut du département du Cantal …

Son sommet arrondi et basaltique …

 plomb 2

Vue sur les puys Griou et Mary …

plomb1

Plomb aux couleurs de l’hiver …

Le plomb du cantal  vue au dessus de Murat

***

BRION est un hameau situé sur la commune de COMPAINS. Depuis 1600 il s’y déroule des foires aux bestiaux qui vont de mai à octobre. La foire la plus réputée est celle du 22 août. Les bêtes arrivent sur place dans la nuit ou très tôt le matin. A l’aube toutes les ventes sont déjà faites. Les prix sont toujours âprement disputés. Quand l’affaire est conclue, on tape dans la main. Les burons servent  d’auberge les jours de foire.

Alfred DURAND maître de conférence au département géographie de l’Université Blaise PASCAL, auteur du livre : « La vie rurale dans les massifs volcaniques des Dores, du Cézallier » nous conte merveilleusement cette foire : « Il faut assister aux foires pour prendre connaissance du monde paysan, apprécier à sa juste valeur le résultat d’un travail considérable, juger de la mentalité des hommes. le 14 septembre, rendons-nous à BRION, hameau de la commune de COMPAINS, en plein Cézallier à 1220 mètres d’altitude. Le village serre ses pauvres maisons autour d’une butte qui le domine de 50 m. Tout autour, à perte de vue, c’est l’océan des pâturages. « Il fait frais, il fait large » comme dit e pays d’un vert jaunissant est plein d’austérité. C’est à quelques distances des habitations, en pleine montagne, dans les pacages mêmes, qu’a lieu la foire. Les acheteurs y viennent de tout le Cézallier, du nord du Cantal, du sud-est des Dores et des Limagnes voisines, de celles d’Issoire en particulier, et le bétail se concentre de toutes les « montagnes » environnantes. Les maquignons sont nombreux. Les croupes acajou des Salers moutonnent, elles circulent les blouses bleu noir et les larges chapeaux de feutre à calotte ronde défoncée. Autrefois, il y a 30 ans à peine, on couchait à la belle étoile, le village n’ayant que de misérables auberges. On venait à cheval ou en voiture. Les véhicules s’arrêtaient dans un pittoresque désordre, les brancards pointant droit vers le ciel. Il y avait là une sorte de marché aux puces, on y trouvait de tout : des harnais et même des voitures, comme on pouvait acheter un cheval, quiconque était venu à pied pouvait s’en retourner avec un rustique attelage … »

La foire de BRION ce sont aussi des visages marqués par le travail, ce sont des gens fiers du labeur accompli, heureux de présenter leurs animaux à tout ce public goguenard. La foire de BRION ce sont encore des visages soucieux du lendemain pour une terre qui ne fait plus vivre son homme … La foire de BRION c’est l’occasion de discuter du bon vieux temps, de se souvenir de tel ou tel qui est parti, qui a décidé d’en finir, de mettre la clef sous la porte … La foire de BRION ce sont les chopines qui descendent … les femmes qui s’inquiètent de voir leur homme mal embringué … La foire de BRION ce sont les vaches qui regardent incrédules défiler ces citadins qui ne peuvent s’imaginer tout le travail qu’il y a derrière ces croupes arrondies …

Les hommes …

brion 3

 brion4

brion11

Les femmes …

brion 5

brion13

Les bêtes …

  brion 7

brion 6

brion8

brion15

brion 20

La foule venue voir ces Dames cornues …

brion12

brion14

Le maquignon …

brion18

C’est au cul des vaches qu’on discute le mieux …

brion17

brion19

Les lapins sont aussi de la partie …

brion16

Les burons …

brion burons

brion cabanes foire

Une auberge « L’Ecir et l’Angélique » tenue par Hélène ASQUIER vous y attend …

brion auberge asquier h

Voilà un aspect de l’Auvergne que je ne connaissais pas. Merci à vous Monsieur MURAT de me l’avoir fait découvrir. Qui peut dire après ça que MURAT est dans un jeu de rôle ??? Qu’on se le dise, MURAT est un paysan … surtout pas un « dandy » ! Le journaliste du magazine « KRO » de poursuivre son interview par un constat et une interrogation : « Les conditions de vie ont l’air assez rugueuses. Tu as une chanson neige et pluie au Sancy qui raconte notamment la mort de deux enfants en hiver. Il y a beaucoup de faits divers, fais d’hiver ? ». Réponse de MURAT : « C’est assez désertique, difficile en hiver, en effet, mais j’aime beaucoup. Maintenant,  c’est assez domestique et avec le réchauffement climatique, les hivers sont moins froids. Mais il y a plein d’anecdotes des gens perdus dans la neige, dans les congères, des enfants qui ne rentrent pas, ou qu’on retrouve congelés au mois de mai. Avant, on n’enterrait pas les morts parce que la terre était gelée. On les accrochait sur le versant nord du toit de la maison, et quand venaient les beaux jours, on les décrochait et on allait les enterrer. C’est un pays très rude : chez mes plus proches voisins paysans, en 10 ans le père s’est pendu, puis le fils aussi. Ca rigole pas. Un autre voisin paysan, un jour s’est désapé et a foncé dans la fosse à purin ». 

Rude est l’Auvergne, durs les gens qui y vivent. Ils n’en sont que plus authentiques … leur région n’en est que plus belle …

***

Ajout le 6 mars 2016 …

Le 15 avril 2016 le nouvel album de Jean-Louis MURAT, j’ai nommé : « Morituri » sera dans les bacs. Fidèle à ses habitudes, au fil de ces chansons nouvelles  le « Brenoï » nous donne à connaître les lieux qui ont fait son enfance, qui font sa vie d’aujourd’hui …

Extrait du titre « Tous mourus »

(…)

« Comme dit le gars de BAGNOLS/Le paysan est mouru »

(…)

bagnols1

Bagnols est une localité du Puy de Dôme comprenant 720 habitants environ et située à 850 mètres d’altitude …

Bagnols_(63)_village

(…)

« Le garde-chasse s’est pendu vers CHAMBOURGUET« 

(…)

chambourguet2

Sur le Puy Chambourguet les marmottes ont fait leur royaume …

chambourguet21

(…)

« V’là que le paysan s’est noyé/A ce qu’on dit

Dans le purin/Qu’il devait épandre au Veillis« .

(…)

Mais inlassablement sur ses terres le chevalier  MURAT revient … Il est né paysan, doublé d’un BERGHEAUD « Tête dure/tête de mort »  … 

foret12

En effet, « Le Veillis » n’est rien moins qu’une parcelle de terre cultivée par François le grand-père de Jean-Louis BERGHEAUD. Je le tiens du « Brenoï » lui même et je n’en suis pas peu fier. Il s’agit d’une prairie à présent recouverte d’arbres et donc une parcelle cultivable en moins comme il y en tant ! Hélas ! Au « Veillis » grand de quelques arpents,  on y faisait la fenaison, on s’asseyait à l’ombre des grands arbres. A midi grand-mère apportait le repas. Ce sont des choses, des odeurs, des senteurs …  qu’on n’oublie pas !  Au « Veillis » …  

***

Extrait « Le chant du coucou »

(…)

« Un vent d’Espagne me ramenait le passé »

(…)

« Je prenais vers FONSALADE/Pour tremper mes mains dans l’eau ».

(…) 

fonsalade

« Fonsalade » est la vallée ou vallon qui sépare les roches « Tuilière » et « Sanadoire », creusé par un glacier . En patois le terme veut dire « Fontaine salée ». C’est aussi le nom d’une rivière où, chemin faisant, il est bon de se rafraîchir les pieds. 

***

Extrait de « La pharmacienne d’Yvetot »

(…)

« Danemark serait-il en feu/Charlanne déjà la grippe bleue »

(…)

Un détour par «  CHARLANNE «  

charlanne 4

Le plateau de « CHARLANNE » surplombe LA BOURBOULE. En 1902 Jean CLARET constructeur du 1er tramway électrique Français à Clermont-Ferrand conçoit un funiculaire pour accéder au plateau. Un restaurant voit le jour ainsi qu’un mini golf. L’un et l’autre ont été abandonnés. le site est redevenu naturel.

charlannes0008

***

Publié dans : ||le 16 décembre, 2014 |4 Commentaires »

4 Commentaires Commenter.

  1. le 17 décembre, 2014 à 0:38 Muse écrit:

    Merci Didier pour cette page très intéressante.
    Qui m’a donné l’occasion de découvrir Gabriel Marc dont je ne connaissais pas encore les poèmes. Merci beaucoup pour ces découvertes. C’est un enrichissement supplémentaire.

    A Brion, Ima m’a fait découvrir une très bonne auberge-café qui sert des repas délicieux dans un cadre à l’ancienne, tout simple mais très chaleureux: l’Ecir et l’Angélique.

    http://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne/2013/04/02/auberges-du-bout-du-monde-1-l-ecir-et-l-angelique-brion-227233.html

    http://www.dailymotion.com/video/x20k7dy_brion-l-ecir-et-l-angelique-la-cuisine-au-rythme-des-saisons_webcam

    Si tu as l’occasion d’y aller un jour y manger, n’hésite pas! Emotions gourmandes garanties!

    Répondre

  2. le 26 mars, 2016 à 22:37 Muse écrit:

    J’ai connu le mini-golf, j’y ai fait de bonnes parties lorsque j’étais enfant avec ma soeur, mais pas le funiculaire. C’était déjà le téléphérique qui s’était implanté depuis le parc Fenestre, dans les années 70. Et il fonctionne toujours. A présent Charlanne est un départ de rando, un circuit également pour vtts (ce qui fait des fondrières sur le chemin pédestre, donc pas vraiment cool). J’aimais bien le chemin pédestre avant, du temps de mon enfance. C’était tranquille. Tu avais des petits bras de rus qui rejoignaient la Dordogne et traversaient le chemin à différents endroits. Un jour d’été, ma mère qui nous accompagnait toujours, prend une peur bleue en entendant haleter près de nous et régulièrement le long du chemin: elle craignait un renard enragé (c’était l’époque). Elle se confie à un passant croisé au hasard. Et le gars, écroulé de rire lui dit presque en braillant: ma brave dame, c’est pas un chien enragé, se sont deux hérissons qui se poursuivent pour copuler. Ma mère ultra gênée, devient toute rouge de confusion. Moi et ma soeur partons d’un immense fou-rire. Et je demande juste après très sérieusement: Maman, c’est quoi, copuler? ;-) )

    Répondre

  3. le 26 mars, 2016 à 22:43 didierlebras écrit:

    Merci MUSE … je n’ai connu ce mot que fort tard !
    D

    Dernière publication sur  : Jean-Louis MURAT ... il aime ... il n'aime pas ...

    Répondre

Laisser un commentaire

midnightspecial |
2NE1 |
Publications et éditions Mu... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | MEGA TOON
| alsevenement
| guitare1